1
- Les camps de concentration de la tiédeur
2
- Un Canossa de l'éthique
3
- L'école de la tiédeur
4
- Les prophètes d'Israël et la psychanalyse de la tiédeur
5
- Pour une zoologie politique
6
- Le camp de concentration de Dieu
7
- La rationalisation du monde simiohumain
8
- La raison a-t-elle un avenir trans-animal ?
9
- L'animal angélisé à l'école de son langage
1 - Les camps
de concentration de la tiédeur
Monsieur
le Ministre,
Ce n'est pas ma faute si les faits sont les faits : un ancien
Président des Etats-Unis, devenu prix Nobel de la paix en 2002
et qui avait négocié le traité de 1979 entre Israël et l'Egypte
est monté sur la scène du monde pour crier que la politique étrangère
des Etats-Unis est largement devenue l'otage de l'Etat hébreu
et qu'il s'agit de délivrer le pays des agents de l'étranger dont
la nation d'Abraham Lincoln serait devenue la proie à son corps
défendant, ou sans s'en douter , ou encore avec son consentement
discret. Mais, dans ce cas, comment Israël s'est-il infiltré au
sommet de l'Etat et comment a-t-il pris la direction des plus
importants rouages de l'empire américain? M. Carter ne s'en explique
pas. Comment faut-il interpréter son silence ?
On
dira que M. Jimmy Carter n'est pas suspect d'antisémitisme , puisqu'il
est également le fondateur de la Commission de l'holocauste.
Mais que sait-il des événements antérieurs à 1940, ce galopin
de quatre-vingt deux ans ? Son menton ne comptait pas un poil
de barbe l'année de la chute de la ligne Maginot, alors que le
mien s'enorgueillissait déjà d'un fin duvet. Et voilà que ce jouvenceau
nous raconte une histoire de camp de concentration tout à fait
singulière : Israël aurait ouvert un enfer en plein air à Gaza
et cet enfer s'appellerait l'apartheid. J'ai consulté mon dictionnaire
d'anglais. Savez-vous que ce terme signifie ségrégation dans notre
langue ?
M.
Carter le définit comme " la ségrégation forcée entre deux
peuples vivant sur le même territoire, l'un d'entre eux dominant
et persécutant l'autre ". A titre de commentaire de cette
définition plus descriptive qu'explicative, l'ancien Président
précise : " Mon livre décrit l'épouvantable oppression et les
persécutions qui règnent dans les territoires palestiniens occupés,
la rigidité du contrôle des laisser-passer et de la ségrégation
sévère entre les citoyens palestiniens et les colons juifs de
Cisjordanie. De plusieurs façons, il s'agit d'une oppression bien
plus dure que celle subie par les noirs en Afrique du Sud à l'époque
de l'apartheid. "
Vous
remarquerez, Monsieur le Ministre, que cet historien ne se montre,
pour l'instant, ni sous les traits du philosophe, ni de l' explorateur
d'une anthropologie historique ; sinon, il aurait étudié l'alchimie
qui permet au cerveau humain d'élever ou d'abaisser les pont-levis
du surnaturel idéologique, littéraire ou religieux au sein des
démocraties messianiques et de les projeter sur l'écran de leur
vie onirique. Mais alors, il aurait fallu se livrer à une analyse
sémantique de la distinction qu'il convient d'établir entre la
ségrégation rédemptrice des modernes et le camp de concentration
infernal. Car, dans ce cas, les Etats-Unis sont dédoublés au plus
secret d'eux-mêmes par un protestantisme dont Jimmy Carter va
se révéler l'analyste, sinon le décrypteur. De mon côté , j'ai
souffert dès mon jeune âge, de l'auto-ségrégation qui s'attache
à l'auto-neutralisation vertueuse des esprits dans une nation
de Ponce-Pilate de l'histoire qui s'appelle l'Helvétie. Un jour
de canotage sur le lac de Genève, j'ai dérivé jusqu'à la rive
française où j'ai été aussitôt arrêté par la Wehmarcht pour le
motif fallacieux que j'étais entré dans la rade du poste de commandement
de la garde allemande du village de Lugrin. Transféré sur l'heure
au camp de triage d'Annamasse, j'ai pu méditer tout à loisir sur
la distinction métaphysique qu'il convenait d'établir entre l'apartheid
séraphique des Helvètes et le camp de concentration effectif sur
cette terre. Il faut savoir que cet adjectif inoffensif renvoie
au substantif concentré - et cela aussi bien à un concentré
patelin de groseilles ou de tomates, par exemple qu'à un concentré
des maximes de la sagesse antique.
Dans
le camp de concentration virtuel d'Annemasse, j'ai découvert en
premier lieu un certain rétrécissement de la surface consentie
à mes pas, ce qui m'a fait ressentir une ségrégation cérébrale
et collective d'un type fort différent de celle qui régnait en
Suisse entre les esprits " ouverts ", au sens bergsonien du terme,
et les esprits dûment neutralisés , dont le refermement sur eux-mêmes
faisait une manière de camp de concentration mental et psychique,
mais aussi une sorte de forteresse délectable, ce qui permettait
aux descendants de Guillaume Tell de goûter l'apartheid délicieuse
de l'auto aveuglement politique.
Dès
le second jour, je me suis demandé si le type d'apartheid dont
je souffrais dans le camp de ségrégation des vivants et des morts
d'Annemasse était davantage d'ordre physique que d'ordre psychique,
tellement je me sentais plus libre parmi mes co-détenus savoyards
qu'au cœur de la gigantesque confiserie mentale qu'était l'Helvétie
où le hasard m'a fait naître . C'est pourquoi je demande au Président
Carter, dont la figure morale fait un si grand contraste avec
celle de l'actuel Président des Etats-Unis , de m'aider à bien
distinguer le concept de ségrégation de celui de concentration
. Car le Monde daté du 12 décembre 2006 publie le
témoignage d'un chauffeur de taxi de Cisjordanie qui écrit : "
Le seul trajet sur lequel je peux travailler , c'est du village
au check-point et retour. On tourne en rond comme des animaux
en cage. "
Vous voyez, Monsieur le Ministre, combien il est difficile à distinguer
clairement les cages cérébrales des cages de fer et d'établir
une hiérarchie non seulement sémantique, mais anthropologique
entre les diverses geôles que le ciel et la terre se partagent.
Vous savez que je me suis un peu spécialisé dans les topographies
de l'enfer. Les check-points et les routes barrées y font florès
, parce qu'on ne saurait apprendre à bien séparer l'apartheid
du camp de concentration si l'on n'a pas acquis au préalable une
connaissance anthropologique , donc historique et philosophique
, des deux modes fondamentaux de l'emprisonnement simiohumain,
le physique et le psychique.
En
Helvétie, je n'ai pas connu les checks-points à répétition , les
routes subitement barrées , les chemins de contournement dangereux
dont se plaignent les chauffeurs de taxi palestiniens soumis à
tous les périls du bouclage de la Cisjordanie ; mais je puis vous
assurer , M. le Ministre , que les alliages entre ces deux types
de geôles ont écrit l'histoire du genre humain et que vous avez
ouvert la porte à la question de l'avenir de l'humanisme à distinguer,
vous aussi , l'apartheid du camp de concentration,
tellement cette question est au fondement de la culture depuis
que la démocratie tente de briser les chaînes de la tyrannie et
de préciser à quelles conditions non seulement physiques, mais
mentales les peuples doivent être déclarés libres. Vous savez
qu'aux yeux de Socrate, les vraies chaînes ne sont pas celles
qu'on porte aux pieds.
Je
m'étais embarqué sur un canot à rames de louage avec, pour tout
viatique, Le Jardin d'Epicure d'Anatole France.
Je dois à cet auteur , que j'avais lu de la première ligne à la
dernière , le brin d'ironie qui m'a bientôt fait libérer par la
Wehrmacht . Anatole France m'a également aidé à affronter l'apartheid
dont j'ai été victime dès mon retour chez les Helvètes . Menacé
de me voir traduit devant un tribunal militaire pour désertion
en temps de guerre, donc pour trahison pure et simple à l'égard
du camp de concentration tout mental de la neutralité helvétique
, il a paru difficile au Parquet d'engager des poursuites contre
le buveur de la ciguë bien française qu'Anatole France avait distillée
dans Le Jardin d'Epicure et dans L'île des
Pingoins. Je dois l'abandon de la procédure pénale et
mon renvoi à l'apartheid feutré de la neutralité vertueuse au
Socrate gaulois qui s'était si bien distancié de l'humanité anesthésiée
de son temps que son apartheid littéraire lui avait valu le Prix
Nobel.
2
- Un Canossa de l'éthique
Ne croyez pas que j'emprunte des chemins de traverse : l'excursus
sémantique auquel je me suis livré m'ouvre le chemin le plus court
pour aborder plus au fond la question de la nature de l'apartheid
auquel la France politique et sa diplomatie se trouveraient condamnées
à faire face si nous ne méditions davantage sur la nature du fossé
dans lequel la politique d'Israël précipitera la démocratie mondiale
; car, comme je l'ai déjà dit, notre civilisation serait anéantie
dans ses fondements mêmes si nous autorisions la famine à délégitimer
le suffrage universel. Certes, les Etats-Unis, l'Angleterre et
toute la partie déjà vassalisée de l'Europe peuvent tenter de
contraindre par la torture un peuple à retirer toute autorité
à sa propre souveraineté, même s'il l'a naïvement exprimée dans
les urnes en raison de la candeur de sa croyance aux principes
démocratiques que nous enseignons au monde depuis deux siècles.
Mais que resterait-il des valeurs de la République et de l'étendard
politique de la France si la complicité de notre Etat avec les
bourreaux du peuple palestinien faisait de nous un objet de risée
sur toute la surface du globe ? Songez en outre que si la France
de 1789 se trouvait réduite à un Pygmée ligoté dans les caves
du Ministère de l'Intérieur de M. Sarkozy, l'ombre d'intelligentsia
de la nation se réveillerait sans doute et ferait à nouveau de
la nation de Voltaire un briseur de chaînes de nature à faire
exploser la nouvelle Sainte Alliance, celle que le trône de l'argent
a conclue avec les formes modernes de la servitude des Etats.
Puisque
le messianisme chrétien a fait naufrage au XIXe siècle et le messianisme
marxiste au XXe, comment l'humanité convertie à la sainte trinité
de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité boucherait-elle
le trou noir que serait la ruine éternelle de toute foi et de
toute espérance? Dans un article intitulé Parler franchement
d'Israël et de la Palestine paru dans le Los Angeles
Times M. Jimmy Carter est allé plus au fond de ce débat.
Sans tergiverser davantage, il a souligné que les critiques de
son livre étaient signées " dans leur grande majorité par des
représentants d'organisations juives ". Le Monde
daté du 12 décembre 2006 écrit que le Centre Simon Wiesenthal,
" l'un des principaux groupes mondiaux de défense des Juifs
" a lancé une pétition à l'échelle de la planète pour condamner
sans ambages l'utilisation, par M. Carter, du mot apartheid
, ce qui me ramène tout droit à la question de la responsabilité
morale de la France et de la vocation civilisatrice de sa diplomatie.
Telle est la problématique dans laquelle il convient de situer
le voyage intersidéral de Mme Ségolène Royal au Moyen Orient et
son couronnement par un Canossa diplomatique qui engage toute
la gauche sur la pente glissante de la capitulation éthique de
la démocratie à l'échelle de la planète.
3 - L'école de la tiédeur
Mais, ici encore, voyez combien la connaissance scientifique de
l'histoire politique passe par l'analyse anthropologique des théologies,
et notamment des théologies de l'auto-innocentement évangélique
dont la neutralité helvétique m'avait enseigné la version sucrée
de l'apartheid, tellement la démocratie est une école de la tiédeur
de la pensée. M. Carter a-t-il pris rendez-vous avec l'auto-sanctification
protestante par le meurtre et le sang quand il écrit que le "
parti-pris en faveur d'Israël est écrasant pour le motif qu'il
trouve son origine chez les chrétiens comme moi-même , à qui on
a enseigné depuis l'enfance à honorer et à protéger le peuple
élu de Dieu, dans le sein duquel il a fait germer notre Sauveur,
Jésus-Christ. "
Sil'évangélisme
se révélait le masque par excellence de l'animal meurtrier - "
qui veut faire l'ange… " - la science anthropologique ne
serait-elle pas appelée à plonger dans les arcanes d'Abel l'innocent
? Car voici que la sainteté protestante de l'Amérique et de l'Angleterre
pousse l'auto-innocentement de la démocratie mondiale jusqu'à
soutenir un Laval de l'Islam, M. Mahmoud Abbas, qui ose demander
dévotement au peuple palestinien de désavouer sa propre candeur
démocratique et de la proclamer pécheresse - celle de son vote
antérieur- sous la pieuse pression de la faim et du blocus de
ses avoirs bancaires. Comment peser ce genre de retour en grâce
des principes de 1789? Quels sont les bienfaits de la bonté démocratique
auprès des dieux jumeaux - Israël et les Etats-Unis ? Qu'en est-il,
aux yeux de l'anthropologie du sacré, de la légitimation non seulement
de l'occupation biblique de la Cisjordanie , mais de la poursuite
sans frein de l'extension des colonies du peuple élu ? Pensez-vous
que la France dispose d'une politologie à l'échelle de l'histoire
du monde d'aujourd'hui si elle n'a pas d'anthropologie des ciels
tartufiques entre lesquels notre espèce se partage les bénéfices
de sa propre sainteté?
Vous vous rendez bien compte, Monsieur le Ministre, que la problématique
du politique qui permettra de répondre à cette question n'est
déchiffrable en profondeur que si notre intelligence scientifique
s'arme d'un humanisme plus spectral que celui des petits Socrate
spécialisés dans le maigre "Connais-toi" d'une laïcité séraphique.
Car, répétons-le, Israël nous conduit tout droit à la négation
pure et simple des fondements de toutes les démocraties du monde
; et ce Munich-là réduira celui de 1938 à une miniature de capitulation
morale à exposer dans un musée des modèles en réduction d'un droit
international pourtant né du pacte de la religion française des
droits de l'homme avec la liberté de conscience protestante. Aussi
l'enjeu dépasse-t-il tellement la personne de M. Mahmoud Abbas,
que M. Olmert a aussitôt demandé à tous ses ministres de ne pas
féliciter bruyamment ce Quisling de la démocrtie de l'heureuse
naissance d'un vichysme palestinien , tellement leurs applaudissements
publics feraient grand tort à cet allié inespéré d'Israël à Gaza.
Naturellement, vingt-quatre heures plus tard, Israël reprenait
les attentats ciblés et fondait une nouvelle colonie en Cisjordanie.
Mais
êtes-vous sûr que M. Carter ne serait pas un esprit quelque peu
initié aux enjeux politiques et anthropologiques des théologies
? N'avait-il pas stupéfié l'Amérique au cours de son mandat en
citant un certain Soeren Kierkegaard , ce qui avait précipité
toute la classe politique de son pays sur les dictionnaires de
philosophie ? Mais l'illustre Danois n'était-il pas un théologien
de la culpabilité , un contempteur des guichetiers de la piété,
un Savonarole prêt à brûler les petits juristes de la grâce et
de la rédemption au pays d'Hamlet, un psychanalyste de la damnation
secrètement méritée des dévots, un chirurgien luthérien de la
fausse innocence? Décidément, Shakespeare monte la garde du tragique
à tous les carrefours de l'histoire contemporaine, tellement le
rendez-vous de l'évangélisme tartufique avec le meurtre que l'évoquais
plus haut convie maintenant M. Jimmy Carter à se faire l'anthropologue
d'Israël à l'école de ses propres écrits sur l'apartheid
.
4
- Les prophètes d'Israël et la psychanalyse de la tiédeur
Revenons à la question centrale des nativités respectives de l'apartheid,
du camp de concentration et de la théologie de Kierkegaard ; car
nous assistons à l'apparition d'un divin enfant aussi helvétique
que danois et dont la crèche n'est autre que la neutralisation
mondiale des esprits, ce qui donne toute sa portée à l'auto-innocentement
international de l'éthique des démocraties. Le silence complice
de la conscience universelle au spectacle de l'agonie du peuple
palestinien et les discrets encouragements qui lui sont adressés
de capituler devant la famine et la torture coalisées ne donnent-ils
pas au terme d'apartheid tout son sens anthropologique de camp
de concentration proprement psychique et ces événements ne sont-ils
pas de nature à faire comprendre à la France que l'assassinat
des âmes passe par une métamorphose des esprits que l'on appelait
autrefois la conversion à la tiédeur - celle que l'intelligence
aiguë des prophètes appelait à vomir ? Quels psychanalystes de
la tiédeur que les prophètes d'Israël ! Mais s'il faut consulter
ces scanners de la fausse innocence, quelle est la vocation de
la France à l'universalité ? Qu'en est-il de notre diplomatie
de l'esprit s'il appartient à la France de la pensée critique
de vomir la tiédeur?
La diplomatie des droits de l'intelligence serait-elle en cage
dans le camp de concentration de la tiédeur pseudo démocratique
? Dans ce cas, quelles geôles de l'apartheid que celles de la
démission intellectuelle et morale du monde entier face à la politique
internationale de la torture ! Si nous considérons que la France
se trouve incarcérée dans un pénitencier psychique, donc tout
cérébral, à l'image d'une Suisse qui s'est rendue captive d'une
neutralisation pseudo-évangélique de son encéphale, je suis tenté
de donner raison au Président Carter , parce que la nation de
1789 se trouve plongée dans une profonde méconnaissance des réalités
du monde extérieur, et cela en raison du contrôle et du filtrage
systématiques des nouvelles en provenance du globe terrestre que
les journaux et la télévision officielle lui communiquent.
5 - Pour une zoologie
politique
Qu'en serait-il d'une science anthropologique du politique qui
nous mettrait en mesure de radiographier l'inconscient théologique
respectif des camps de concentration physiques et des camps de
concentration psychiques ? Ces derniers ne présentent-ils pas
aux citoyens une version de l'histoire tellement confite en dévotions
que si nous nous posions la question du degré de conscience ,
donc de volonté et de responsabilité dont le peuple français fait
preuve aujourd'hui, cela nous permettrait de poursuivre encore
quelque peu le scannage du culte des dieux de l'imaginaire auxquels
les Etats et les nations présentent leurs offrandes verbales.
Dans
ma jeunesse, cette question me taraudait à l'école d'Anatole France,
mais également de Valéry et de Gide, non seulement parce que la
Suisse de l'époque de mes dix-huit ans ignorait que la neutralité
politique ressortit à un apartheid culturel et mental , mais parce
qu'elle ne savait pas non plus que ce statut demeure enfoui dans
une volonté de cécité inconsciemment déguisée en vertu ; et que
la plongée de la psychanalyse politique dans les arcanes de l'apartheid
semi volontaire dont la bonne conscience démocratique se glorifie
nous conduit dans un nouvel abîme du "Connais-toi" kierkegaardien.
Car la politologie de la tiédeur spirituelle nous appelle à scruter
les origines semi zoologiques d'une conscience de soi qui se croit
éclairée par une " raison " vertueusement neutralisée, alors qu'une
raison impuissante à plonger dans les arcanes de la déraison sacralisée
n'est pas encore la raison, mais un enfermement tartufique dans
la sainteté pseudo démocratique.
Quand
les dévots d'Israël invitent le gouvernement français tout entier
à venir écouter avec une ferveur théologique et le nez plongé
dans leur assiette , le président du puissant tribunal des pénitences
tancer une République et une nation d'hérétiques en raison des
lacunes de leur orthodoxie diplomatique face à l'Etat hébreu et
quand, le lendemain, un communiqué de l'Elysée rappelle timidement
la doctrine selon laquelle la politique extérieure de la France
serait encore du ressort de la France, cela ne vous rappelle-t-il
pas la déclaration de M. François Mitterrand sur le perron de
l'Elysée en 1981, dans laquelle il soutenait d'une voix douce
et en une seule phrase à l'intention du vice-Président Bush, venu
protester avec véhémence contre l'entrée de ministres communistes
dans le gouvernement, que la politique de la France se fait à
Paris ?
Mais quand j'observe la profondeur des racines anthropologiques
de l'apartheid, je retrouve ma modeste interrogation de zoologue
de la simianthropologie politique. Qu'en est-il des relations
que la lucidité des Etats démocratiques entretient avec la souveraineté
dont ils se réclament ? Car le peuple français ne comprend pas
davantage l'apartheid auquel l'asservit Israël qu'il ne comprenait,
en 1981 , la volonté de Washington de vassaliser l'Europe par
le puissant relais militaire de l'OTAN. Depuis 1945, l'aliénation
politique du Vieux Monde est une forme de l'apartheid enfouie
dans l'inconscient dévot de l'histoire. Pourquoi ce bâillon commence-t-il
seulement de nous être retiré ? Parce que l'alliance guerrière
d'Israël avec les Etats-Unis a conduit à une Beresina à Bagdad.
Mais quel spectacle que celui des huit Etats dits démocratiques
de l'Union européenne que leur commun asservissement à leur vassalisateur
avait enchaînés les uns aux autres et qui étaient allés se placer
en chœur sous le drapeau des mercenaires de la " Liberté " dans
les déserts d'Arabie, quel spectacle que celui de la piteuse retraite
de leurs étendards souillés par la torture !
L'inconscient
religieux américain aux prises avec la torture,
14 mai 2004
Le nez
et les oreilles de l'histoire, Théologie de la spécificité
des tortures américaines, 2 juin
2004
L'apartheid
est un monstre multiforme. Cette hydre rend les notions de liberté,
de volonté , de lucidité aussi flottantes qu'en Helvétie. C'est
pourquoi je suis convaincu que si le Ministère des affaires étrangères
devait vous revenir, vous retiendriez la leçon tranquille d'un
François Mitterrand qui avait dédramatisé d'un seul mot et avec
le sourire la démarche indignée du maître du monde de l'époque.
Mais le camp de concentration à ciel ouvert dans lequel Abel le
juste s'agenouille se distingue de l'auto asservissement volontaire
par l'helvétisation aussi insidieuse que pieuse de tout l'univers.
Aussi la question de la mise en captivité des peuples à l'école
de leur propre innocentement aux mains jointes est-elle de savoir
si, d'un point de vue anthropologique , la Cisjordanie est saintement
soumise à l'apartheid ou non moins saintement à la torture dès
lors que les enfers évangélisés se rendent angéliques à l'école
du catéchisme des démocraties de la tiédeur.
6
- Le camp de concentration de Dieu
La Judée et la Samarie bibliques sont-elles devenues des camps
de concentration dévots sous le nom de Cisjordanie ? Je vous adresse
quelques rapports sur la situation cérébrale des habitants afin
d'éclairer le Quai d'Orsay de demain sur la distinction que l'esprit
cartésien de notre pays introduira entre l'apartheid et les camps
de la mort.
Rapport n° 1
C'est
un chemin boueux et cabossé qui traverse une cuvette plantée
d'oliviers en contrebas du village de Ramin , dans le nord
de la Cisjordanie. Depuis que l'armée israélienne a barré
avec un tas de terre la route qui mène de Naplouse à Jenine
, ce terrain désolé fait office d'itinéraire bis. De jour
comme de nuit, il est sillonné par une file cahotante de taxis
collectifs . (…) Les chauffeurs parcourent cette route la
peur au ventre, car tous connaissent les méthodes musclées
des soldats qui se tiennent souvent là en embuscade. Raëd
Salahat, un taximan, de 26 ans, en a fait l'amère expérience.
Le matin du 13 août , il transportait une dizaine d'habitants
des environs de Jénine en direction de Ramallah, lieu de leur
travail. Au milieu de la plaine de Ramin, des soldats le mettent
en joue et l'obligent à piler. " Tu ne sais pas qu'il est
interdit de prendre cette route ", lui demande l'un d'eux
en hébreu. Sans attendre sa réponse, il lui assène un coup
de crosse dans le visage. Les autres soldats font descendre
les passagers et les forcent à s'allonger ventre à terre .
L'un d'eux fait une série d'allers-retours en leur marchant
sur le dos. Ses collègues vident le taxi de tous les objets
qui s'y trouvent et, au moindre signe de protestation des
passagers, les leur jettent à la figure. " J'avais la tête
qui tournait, raconte, Raëd Salahat. Le soldat n'arrêtait
pas de me demander pourquoi j'avais pris cette route et, à
chaque fois que je tentais de m'expliquer, il me giflait.
Au bout d'une demi-heure de ce traitement, le soldat s'empare
d'une tomate dans le cageot posé dans le coffre. Il la pose
sur la tête de Raëd , fait deux mètres en arrière, épaule
son fusil et dit : Je vais la dégommer. Il a commencé à
compter, dit Raëd. A trois, je me suis effondré par
terre. C'en était trop pour moi. J'étais persuadé qu'il allait
me tirer dans la tête . Finalement, il n'a pas tiré , mais
lui et les autres soldats ont recommencé à me frapper, à coup
de poing, de pied et de crosse. Le calvaire dure encore
une dizaine de minutes avant que les soldats n'ordonnent à
leurs victimes de décamper. Alors qu'il redémarre, le corps
couvert d'ecchymoses, Raëd voit dans son rétroviseur qu'ils
ont déjà arrêté un nouveau taxi. "
Rapport
n° 2
Les
chauffeurs de taxi qui s'échinent à contourner les barrages
de l'armée, sont les principales cibles de ce harcèlement
. Depuis le début de l'Intifada, dans le nord de la Cisjordanie,
une vingtaine ont été blessés et vingt-trois tués par balles
alors qu'ils se trouvaient au volant de leur véhicule.
La plaine de Ramin est la zone la plus dangereuse de la région
de Naplouse, dit Mohamed Daraghmeh, un conducteur de 42
ans. Début octobre, les soldats m'y ont arrêté et ils m'ont
promis qu'ils casseraient mon taxi s'ils m'y croisaient une
nouvelle fois. Désormais avant de pénétrer sur la plaine,
je reste moteur et phares éteints pendant dix minutes afin
de vérifier que l'armée n'est pas là. Ces parties de cache-cache
pour le moins périlleuses sont le résultat du bouclage quasi
intégral auquel l'armée israélienne soumet le nord de la Cisjordanie
pour, officiellement, des raisons de sécurité. Selon les décomptes
de l'OCHA, le bureau de coordination humanitaire des Nations
Unies dans les territoires occupés, plus de 170 obstacles
au déplacement (chek-point, barrière métallique, blocs de
pierre , tas de terre, tranchée) sont disséminés dans cette
région. Ils entravent le trafic automobile non seulement avec
le centre et le sud de la Cisjordanie, mais aussi entre les
grandes villes du nord comme Naplouse, Tulkarem et Jénine
et même entre les villages.
Rapport n° 3
A
chaque nouvelle restriction de l'armée , les chauffeurs tentent
de trouver la parade. Comme sur la plaine de Ramin , ils défrichent
des routes alternatives, à travers les champs d'oliviers et
les collines , qui durent le temps que l'armée les repère
et en bloque l'accès. Pour échapper aux barrages volants ,
les taxis ont aussi mis en place un réseau d'informateurs.
Installés à proximité des zones à risques, ces Palestiniens
renseignent les conducteurs par téléphone de la présence ou
non de l'armée . On les appelle les Tam-Tams, dit Raëd
Salahat. Leur succès est tel que certains d'entre eux ont
obtenu , de la compagnie de téléphonie mobile Jawwal, un numéro
surtaxé qui leur garantit de toucher un pourcentage sur le
produit des milliers d'appels qu'ils reçoivent chaque mois.
Ces
trois rapports sont extraits d'un reportage paru dans le
Monde du 12 décembre 2006 et intitulé Cisjordanie
: La peur au compteur .
Ces
documents ont pris toute leur signification anthropologique depuis
que les tensions nouvelles engendrées par une guerre civile larvée
entre le Hamas et le Fatah permettent d'approfondir l'anthropologie
de la tiédeur qui permettra d'observer comment l'apartheid et
le camp de concentration tentent de fusionner et de confondre
les poisons de leurs orthodoxies respectives. Vous savez que,
dans les camps de la mort, il se produisait une scission spontanée
entre le parti des dirigeants, qui se changeaient en gardiens,
et celui des affamés, ce qui permettait aux geôliers sécrétés
par la geôle elle-même d'observer pour ainsi dire d'un balcon
intérieur à la géhenne aussi bien les insectes disciplinés et
hiérarchisés par leurs soins que les insectes abandonnés à leur
sort et réduits au rang d'un ultime prolétariat. Cette aristocratie
et cette plèbe de l'enfer se livraient une guerre à mort. Mais
les deux catégories de damnés étaient bien trop occupées à se
procurer quelque nourriture pour que personne poussât l'asservissement
jusqu'à crier " Heil Hitler " : simplement, la "classe politique
" interne au système se partageait les vivres à la manière d'une
bourgeoisie exercée à affamer le peuple.
Entre le parti du Hamas et celui du Fatah , en revanche, les relations
sont fort différentes de ce modèle : quelques prisonniers issus
du Hamas parviennent à se glisser hors de l'enceinte du camp et
à rapporter quelques aliments à leurs co-détenus, et même à revenir
parmi les incarcérés avec des valises gonflées de dollars recueillis
en Iran. Pendant ce temps-là, le Laval du Fatah entraîne le petit
peuple à crier en choeur " Vive la démocratie , vive les droits
de l'homme, vive le suffrage universel , vive la souveraineté
de la Palestine " tout en sachant fort bien qu'Israël se frottera
les mains à ce spectacle et que non seulement ses dirigeants n'accorderont
jamais aux affamés le droit de fonder un véritable Etat , mais
qu'ils poursuivront sans faiblir la création de nouvelles colonies
et le peuplement " naturel " des colonies existantes. Mais personne,
dans un monde neutralisé par la tiédeur démocratique, n'est en
mesure d'interdire à l'étoile de David d'étendre la colonisation
de la " Judée " et de la " Samarie ".
C'est
qu'à l'instar de l'humanité, les Etats sont des personnages domiciliés
dans leur cerveau onirique; et la vie biblique d'Israël est un
acteur théologique dont les traits, les vêtements, les motivations,
la démarche ont été décrits d'avance par un Shakespeare du cosmos
qu'on appelle " Dieu ". Vous voyez , Monsieur le Ministre, que
notre anthropologie superficielle ne deviendra une discipline
scientifique que si elle parvient à radiographier des documents
anthropologiques que l'on appelle des cosmologies mythiques, tellement
la symbiose entre l'univers carcéral de l'apartheid et
celui du camp de concentration tient à l'alliage indissoluble
entre l'emprisonnement physique et l'emprisonnement cérébral.
Mais quelle geôle que le mythe démocratique helvétisé à l'échelle
de la planète et quelle vomissure que la tiédeur intellectuelle
d'une civilisation dite de la " liberté "! Peut-être M. Jimmy
Carter sait-il que son héros danois de la vertu luthérienne est
mort de faim dans l'indifférence générale de ses compatriotes,
parce que la publication à compte d'auteur de son œuvre l'avait
ruiné. Mais la rencontre du culte mondial de la vertu démocratique
avec la torture est l'une des clés anthropologiques de l'histoire
moderne de la " liberté " et du destin posthume de Kierkegaard
.
7 - La rationalisation
du monde simiohumain
Il est une arme diplomatique qui permettrait plus sûrement encore
à Israël non seulement de neutraliser, mais d'effacer des mémoires
à la fois les atrocités de la guerre du Liban et le rapport Baker
- ce serait de rationaliser le messianisme démocratique à l'aide
d'une connaissance abyssale des ressorts anthropologique du sacré
et notamment des dévotions de type eschatologique. Quel bénéfice
immense résulterait-il aussitôt, pour Jérusalem, d'une science
du genre humain initiée aux secrets psychobiologiques des relations
que la " raison " entretient depuis deux millénaires avec la vocation
rédemptrice d'un peuple du salut ?
Observons
la stratégie qui fournirait à un Etat élu par sa divinité des
moyens éternels de détourner l'attention du monde entier de l'expansion
continue de ses armes en Cisjordanie et de poursuivre quasi invisiblement
l'extension systématique de son territoire par l'implantation
de colonies militarisées. Il y faut une science des relations
semi zoologiques que les Etats entretiennent avec le divin - science
du simianthrope que Machiavel n'a pas approfondie ni même clairement
conçue, du seul fait que le christianisme immolatoire de l'époque
paralysait encore la réflexion sur le fonctionnement psycho-cérébral
des autels et sur leur articulation avec le politique. Mais aujourd'hui,
il est devenu possible d'élaborer une diplomatie enfin fondée
sur une connaissance post-freudienne de la psychophysiologie des
théologies simiohumaines et de l'évolution de leur " discours
rationnel " dans l'histoire.
Il
en résulte que, cinq siècles après Machiavel, la diplomatie française
ne saurait s'en tenir à une politologie que vingt décennies de
la raison superficielle des démocraties ont empêchée de progresser
dans la connaissance anthropologique du cerveau politico-religieux
des évadés du règne animal. Mais j'espère que, sous votre impulsion,
le Quai d'Orsay accéderait à une tout autre profondeur de la connaissance
de la vie onirique du genre humain actuel, ce qui lui permettrait
de comprendre que les croyances définissent les droits de la "
raison " sur le mode de la pensée mythologique qui les gouverne
et que les formes de raisonnement dont elles font usage sont expressément
chargées de valider les fondements sacrés ou sacralisés de la
politique des Etats. On appelle ce mode d'emploi d'une apparence
de pensée la rationalisation .
Alors
qu'à nos yeux, seuls les Etats devenus relativement pensants sont
habilités à définir la raison dans l'ordre politique
, ce qui les conduit à préciser que le combat des peuples pour
leur indépendance fonde l'existence rationnelle des nations sur
la scène internationale, les Etats théocratiques font de leur
religion le guide et l'oracle de leur identité dans l'ordre de
ce qu'ils appellent à leur tour " la raison " . C'est ainsi que
Benoît XVI proclame que le christianisme se définit comme la religion
de la raison, mais seulement après avoir prédéfini cette dernière
sur le mode théologique, donc sur le fondement des présupposés
dogmatiques d'une révélation divine, de sorte qu'il appartient
toujours à une orthodoxie et à elle seule de définir d'avance
et souverainement la raison. Le cordon ombilical est donc déclaré
impossible à couper entre le savoir et la révélation, ce qui met
l'idole à l'abri du tribunal d'une raison que présiderait une
créature soustraite à la souveraineté de son souverain mythique.
On voit que la politique du maître et de l'esclave pilote toute
définition théologique de la raison et de la vérité.
Mais
pour un Quai d'Orsay qui se serait doté d'une connaissance des
racines anthropologiques du sacré, une définition du politique
qui ne qualifierait de rationnel que le temporel présenterait,
certes, des avantages diplomatiques non négligeables , mais également
des inconvénients majeurs, et cela précisément du point de vue
des intérêts d'un Etat réellement pensant , puisque, depuis 1905,
le peuple français a été proclamé souverain en tant que cartésien,
ce qui ne l'empêchera pas de se placer " librement " sous la tutelle
des mythes religieux les plus irrationnels dès lors que les vérités
qualifiées de rationnelles ne seront pas légitimées par
la cohérence intellectuelle dont la pensée logique se réclame
et sans laquelle elle se refuse à elle-même le nom de pensée .
Il
en résultera que les jugements tenus pour rationnels à
titre impératif seront tantôt ceux qu'exprimera une majorité incohérente
des votants, tantôt ceux qui se voudront cohérents. C'est ainsi
que des centaines de milliers de citoyens français se jugeront
démocrates et républicains de la tête aux pieds pour avoir été
éduqués à l'école de la logique, tandis que, dans le même temps,
ils seront non moins jugés rationnels et pensants de croire que
du pain et du vin se changeraient en chair et en sang réels sur
les autels au motif que certaines paroles rituelles auront été
prononcées par des sorciers experts en prodiges religieux et ordonnés
dans les règles. C'est dire que , par un étrange contresens, les
démocraties dites rationnelles définiront à leur tour la liberté
politique sur le modèle du sacré en ce qu'elles prendront leurs
décisions sous les ordres des dogmes qui leur disent toujours
la vérité pour avoir été validés par leur adoption au suffrage
majoritaire . C'est pourquoi le cerveau des démocraties est dichotomique
: il sait, avec Socrate, qu'un homme seul a raison face aux unanimités
ou aux majorités de l'ignorance et il sait également que la démocratie
est le pouvoir du peuple, même s'il est sot. Tout cerveau supérieur
se trouvera donc disqualifié pour la raison que la vérité aura
été proclamée collective par l'église de la citoyenneté infaillible;
et la question de la qualité des encéphales réputés pilotés par
la raison demeurera étrangère à toute définition de la raison
et de la politique aussi bien dans la religion que dans la République.
8 - La raison a-t-elle
un avenir trans-animal ?
Voyons maintenant ce que cela signifiera pour la diplomatie d'Israël
et pour celle de la France si ces deux peuples prennent une avance
cérébrale suffisante sur le reste du monde pour découvrir ensemble
les fondements parallèles du sacré dans les démocraties et dans
l'Eglise, donc les secrets de l'usage que le genre simiohumain
actuel fait majoritairement de la notion flottante et semi religieuse
de raison.
La
psychanalyse post freudienne enseigne que les valeurs démocratiques
se prêtent admirablement à la rationalisation idéaliste de la
politique et que nulle autre éthique n'est mieux préparée à nourrir
la vocation biblique d'un Etat; mais Israël et le christianisme
présentent un cas exemplaire de la dichotomie qui frappe une histoire
évangélisée, tellement la vie rédemptrice d'Israël condamne cette
nation à greffer étroitement son existence terrestre sur la vocation
onirique à laquelle elle est censée se trouver appelée par l'histoire
universelle.
Que se passe-t-il donc dans l'ordre politique quand les deux terreaux
de cette schizoïdie se confondent ou se concertent, le mythe biblique
se trouvant secondé par son frère jumeau dans le temporel et les
deux comparses d'un destin en partie double se prêtant mutuellement
main-forte du seul fait que les autels sont des décalques pathétiques
de l'encéphale biphasé du genre humain ? Ne verra-t-on pas un
Etat prétendument fondé " en raison ", donc sur les principes
eschatologiques de la démocratie, paraître " se défendre " contre
un peuple très méchant, qu'il aura dûment dépossédé de sa terre
par la force du glaive et qui aura l'audace de contester la légitimité
biblique du vol dont il aura été la victime ? Le véritable moteur
du monde ne sera donc ni le séraphisme de la " liberté démocratique
", ni une raison en soi et censée trôner dans un paradis des concepts,
mais l'arme de la " rationalisation " idéologique, donc de l'idéalisation
verbifique des songes et des mythes , ces masques proprement dialectiques
des anges du salut du monde .
La
religion des idéalités qui serviront de sceptres verbaux à une
théologie de la délivrance - on fera entrer les peuples dans le
paradis d'un suffrage universel réputé infaillible sur le mode
dogmatique exposé ci-dessus - permettra à un Etat en route vers
son devenir temporel, mais à l'école d'une orthodoxie mondiale
de la modernité, celle de la démocratie sanctifiante, de rationaliser
son épopée guerrière au titre d'une histoire catéchisée , puisque
celle-ci sera devenue à elle-même son propre Canaan, donc l'incarnation
de l'aventure rédemptrice ab origine d'une politique mondiale
de l'abstrait. On voit comment la connaissance anthropologique
du fonctionnement cérébral des mythes religieux simiohumains et
de leurs saintes Ecritures révèle le moteur psychique que constituera
la rationalisation idéaliste de l'histoire à la double école du
temporel guerrier et du surnaturel, l'un servant de masque protecteur
à l'autre , ce qui nous reconduit à l'étude psychogénétique du
tartufisme qui pilote une espèce intronisée dans l'histoire par
son inconscient théo-biologique.
L'Etat d'Israël connaît-il les ressorts psychogénétiques ultimes
de sa vocation de peuple élu - celle qui a servi de creuset à
son sosie, le christianisme ? Dans ce cas, la diplomatie de Jérusalem
serait sciemment construite sur la rationalisation biblique du
mythe démocratique de la délivrance, ce qui lui permettrait d'étendre
sans cesse le territoire de son salut par la greffe perpétuelle
et répétée de la guerre sainte sur la théologie de la croisade
qui sous-tend les principes de 1789. Mais, dans ce cas, le drame
prendra sa tournure la plus tragique, celle qu'illustrera le IVe
acte , où l'on verra Shakespeare mettre en scène un deus ex
machina de la vérité, à savoir le personnage de taille d'un
suffrage universel purifié. Cet acteur symbolique replacera-t-il
le temporel au cœur de l'épopée conjuguée du mythe religieux et
de son associé , le mythe de la délivrance, ou bien brisera-t-il
le joug de la rationalisation théologico-idéaliste du monde ?
Le suffrage universel est un souverain têtu : son sceptre en appelle
à une raison supérieure , son trône voudrait enfanter une autre
liberté, une autre lucidité, une autre rédemption - celle de l'intelligence
en germe chez le simianthrope et qui observe d'ores et déjà de
l'extérieur l'encéphale sauvage d'une espèce collectivement livrée
à la rationalisation barbare de ses songes.
9
- L'animal angélisé à l'école de son langage
Comment se fait-il, me direz-vous, que le cerveau d'Israël semble
figurer le prototype de la boîte osseuse d'un animal angélisé
par son langage et qu'on appelle l'humanité? Nul n'a davantage
vocation que le peuple élu à faire débarquer dans l'histoire des
nations un ciel armé jusqu'aux dents, et pourtant nulle nation
n'est plus viscéralement agrippée à sa terre. Mais on aurait grand
tort de croire que le christianisme répondrait à un autre modèle
de cerveau schizoïde du simianthrope : la religion de la croix,
elle aussi, a longtemps, et non moins viscéralement rêvé de faire
descendre le royaume de Jahvé sur la terre. Pendant combien de
siècles les vrais fidèles de son dieu ne se sont-ils pas réfugiés
dans les monastères afin d'y accomplir, par centaines de milliers
et faute de mieux, le songe non seulement de monter au ciel, mais
d'en goûter les prémices dans une enceinte resserrée ?
Aussi le drame d'Israël est-il de retrouver son paradis sur les
terres mêmes d'où il a été chassé par un certain général romain,
comme si la Galilée , la Samarie et la Judée allaient illustrer
les retrouvailles dorées de Jahvé avec l'histoire du monde, mais
dans les enclos microscopiques réservés à la vocation monastique
de son peuple. Entre temps, la Rome des chrétiens était allée
chercher le Saint Sépulcre de sa foi en Palestine. Et maintenant,
l'effondrement de tous les évangélismes a ramené ici-bas le peuple
de la sainte alliance de sa terre avec son ciel et fait apparaître
la rationalisation politique qui sous-tend le messianisme démocratique.
Entre temps, la sainteté prolétarienne avait rêvé d'étendre son
empire à tout le globe terrestre . Mais, le protestantisme a rencontré
le Soeren Kierkegaard du Président Carter.
C'est ainsi qu'Israël se révèle, une fois de plus, le " peuple
élu ", celui que son destin cérébral a placé à la croisée
des chemins où le mythe est condamné à raconter l'histoire et
l'histoire le mythe ; mais Clio s'y prend d'une manière tellement
sanglante que, pour la première fois, seul un Shakespeare des
aventures dans les airs et sur la terre de la boîte osseuse de
l'humanité réussira à faire monter sur les planches un héros du
tragique dont l'intelligence simiohumaine se rend l'otage.
11 janvier 2007