1 - L'histoire du monde, une poudrière théologique
2
- La politologie et les sciences humaines
3
- L'homme et son double
4
- Un animal théologique
5
- La guerre des Visages pâles et des Peaux rouges
6
- L'inconscient volcanique de l'histoire
7
- Israël et la paralysie politique de l'Europe
8
- Israël et l'occupation militaire américaine de l'Europe
9
- Le parti socialiste et l'Europe fantomale
10
- Entre la jungle et l'utopie
11
- Israël et la stratégie anti européenne de Washington
12
- Le messianisme et l'histoire
1
- L'histoire du monde, une poudrière théologique 
Monsieur le Ministre,
J'ai été frappé d'apprendre que vous écriviez souvent un seul
mot en marge des rapports que vos services vous remettaient rue
de Varenne : " Approfondir " . Puissiez-vous disposer demain des
armes d'une connaissance anthropologique de notre espèce et de
son histoire dont l'approfondissement continu donnerait à la France
du XXIe siècle les moyens de réconcilier la politique et la culture
, la diplomatie et la pensée, la raison et l'éthique .
A
l'heure où la planète est redevenue une poudrière théologique,
il n'est pas besoin de se montrer grand clerc pour savoir qu'au
cours des prochaines années, le peuple élu écrira l'histoire de
la planète sur le mode le plus sanglant et qu'il est urgent d'approfondir
une science politique qui souffre de légèreté. Mais quel destin,
pour un ancien Ministre de la culture, de prendre un rendez-vous
assuré avec l'avenir du "Connais-toi" à l'heure où la fatalité
se rend shakespearienne au point d'illustrer le tragique des nations,
tellement le monde a toujours obéi au modèle vétéro-testamentaire
du débarquement du rêve dans l'histoire, et cela en tout premier
lieu au sein du christianisme !
Vous
savez que la naïveté politique tend aux diplomates des pièges
connus depuis longtemps. En voici un de belle taille: Mme Yuli
Tamir, Ministre israélienne de l'éducation nationale, a tenté
d'introduire dans les manuels scolaires de l'Etat hébreu des informations
interdites à la curiosité des enfants, selon lesquelles le territoire
réel du pays se trouverait réduit à la surface qu'il occupait
avant 1967 sous prétexte que cette dimension demeure seule reconnue
en droit international . Le gouvernement israélien avait donc
décidé, il y a plus de trois décennies , que l'histoire sainte
des temps modernes laisserait les nouvelles générations ignorer
le tracé réel des frontières du pays. Aussi la pédagogie peu théologique
de Mme Yuli Tamir a-t-elle aussitôt provoqué la colère religieuse
de la Knesset, ce qui illustre à merveille les deux sources de
la cérébralisation post zoologique de l'espèce humaine, tellement
notre encéphale se révèle aussi enraciné dans un mythe à l'usage
des enfants que notre corps dans un sol à labourer. On sait également
qu'Israël avait découvert à la faveur, si je puis dire, d'une
mise en scène sacerdotale fort bien décrite par Renan le texte
complet des cinq livres du Pentateuque sur lequel toute la législation
de cet Etat est fondée et qui est censée avoir été rédigée de
la main de Moïse à l'époque de la sédentarisation de cette nation,
bien que l'homme du Sinaï y raconte sa propre mort . Aussi , M.
Olmert a-t-il souligné sur l'heure et vigoureusement les conditions
bibliques du salut d'Israël : " Le gouvernement et l'opinion
publique sont hostiles à tout retour aux frontières de 1967
".
Mais
un Quai d'Orsay dont la vocation est de regarder le monde tel
qu'il est ne saurait attendre la législation des Moïse d'aujourd'hui
et de demain pour se mettre à l'écoute et à l'école de l'histoire
de la nativité onirique d'Israël . Car, comme je l'ai rappelé
à plusieurs reprises, c'est physiquement qu'il est impossible
de jamais faire revenir la nation des Tables de la loi à la position
géographique qu'elle occupait antérieurement à 1947 en Palestine.
Qui peut croire que la victoire des armes engendrerait le prodige
théologique de la capitulation politique des saintes Ecritures
du peuple élu? Puisque seule une politologie aussi onirique à
son tour que l'alchimie du Moyen-Age peut imaginer un miracle
diplomatique, croyez-vous, Monsieur le Ministre, que ces frontières
tiendraient plus de dix jours si elles étaient tracées par les
chenilles des tanks et à coups de canons ? Croyez-vous qu'Israël
changerait tout subitement de cerveau et de complexion et que
cet Etat parquerait gentiment et pour toujours son âme et son
histoire derrière une palissade de roseaux pénétrable aux obus,
mais non au vent de la mémoire?
2 - La politologie et
les sciences humaines 
Afin de favoriser la génération continue de la descendance d'Israël
dans le royaume de l'humanité messianique, la France et l'Europe
commenceront par se résoudre à retirer le bandeau qu'elles s'étaient
mise sur les yeux et qui interdisait depuis cinquante huit ans
au monde entier de prendre son courage à deux mains et d'honorer
le rendez-vous que la planète a pris, du moins aux yeux des historiens
et de tous les hommes de raison, avec les conséquences locales
de la décision irrationnelle des Nations Unies du 29 novembre
1947. Car s'il y a près de quarante ans que Clio a rendu son verdict
à la suite d'une guerre pourtant gagnée par Israël sur le champ
de bataille. Selon les attendus de son tribunal, la guerre perdue
en 2006 contre le Hezbollah n'est que la queue de la comète. Les
juges ont déclaré que la stratégie de l'occupant de la Palestine
est à la fois fort simple et soumise aux lois de la fatalité antique:
il s'agit, ont-ils souligné, de mettre la corde au cou à tout
un peuple , de le terroriser, de l'affamer, de l'assoiffer, de
l'empêcher de dormir dans le brouhaha incessant des avions de
combat et des drones de surveillance volant à basse altitude,
il s'agit de l'empêcher de se soigner et de se déplacer, il s'agit
de l'emmurer, de lui voler le montant des impôts qu'il perçoit,
il s'agit de le soumettre à l'arbitraire de colons armés jusqu'aux
dents, de le livrer aux dragonnades des sentinelles, de l'arrêter
et de le contrôler à tous les barrages routiers, il s'agit de
construire un réseau routier réservé à l'occupant, il s'agit de
déraciner ses oliviers, de confisquer ses terres, de s'approprier
ses sources d'eau, de ravager ses champs, de faire exploser ses
maisons, de défoncer ses routes, de détruire ses récoltes, de
bloquer son port, de bombarder sa plage et ses bateaux de pêche,
de pilonner ses hôpitaux, ses écoles et ses ambulances, de laisser
le champ libre à ses tireurs embusqués , d'empoisonner sa population
par le déversement de déchets toxiques sur son territoire, il
s'agit de paralyser l'éducation scolaire des générations montantes,
parce que l'ignorance est la clé de toutes les servitudes. Et
pourtant, ce peuple survit par miracle et d'année en année.
Comment ne pas chausser les lunettes d'une anthropologie spéléologique
et qui descendrait dans les arcanes de l'histoire de notre planète
si l'on songe que cette tragédie s'est répétée au Liban, où l'on
a assisté à l'écrasement des infrastructures civiles, des dépôts
pétroliers , des ports, des aéroports, des hôpitaux, des usines
électriques, des industries alimentaires , des installations de
télécommunication, pour ne rien dire des sous-munitions massivement
importées d'Amérique sur un simple coup de sonnette d'Israël ?
Il s'agissait, prétend aujourd'hui l'Etat hébreu, d'une guerre
à mener de toute urgence contre le seul Hezbollah, il s'agissait
seulement de libérer deux soldats faits prisonniers au cours d'une
violation de routine de la frontière avec un " pays ami ", il
s'agissait seulement de se protéger contre des ennemis tapis dans
leur antre et qualifiés de " terroristes " cachés dans
des souterrains. Mais la question de fond est désormais de savoir
si une autorité internationale alors dotée d'un prestige éthique
mondial se trouvait juridiquement habilitée à faire surgir du
néant un Etat de légende et à l'installer de manière légitime
et assurée de durer sur le territoire mythique que sa population
avait abandonné deux mille ans auparavant. Peut-on ressusciter
un peuple de ses cendres ou bien l'histoire est-elle un sépulcre
éternel ? Si les nations sont des Lazare immortels, combien de
temps leurs ossement peuvent-ils blanchir dans un tombeau avant
de retrouver la lumière du jour?
3 - L'homme et son double
Cette question ressortit si peu à la science politique au sens
superficiel et banal du terme qu'elle requiert une connaissance
philosophique et historique de la nature et du fonctionnement
du cerveau messianique d'une espèce devenue irrémédiablement flottante
à mi-hauteur entre le réel et le sacré à la suite de son éjection
inexplicable de la zoologie. Mais la politologie embryonnaire
de 1947 ne disposait encore d'aucune connaissance post-darwinienne
et post-freudienne du cerveau simiohumain et de l'évolution de
cet organe dans des mondes désespérément oniriques. Et voici que
l'anthropologie scientifique de demain est condamnée à relever
le plus gigantesque défi du "Connais-toi" depuis les Grecs - un
défi que le nazisme annonçait et qui dépassait aussi bien l'horizon
que les méthodes des sciences humaines bien pensantes de l'époque
: quelles sont, demandent aujourd'hui les Socrate de la science
historique, les relations tempétueuses que notre espèce entretient
avec sa propre mort pour que le meurtre et la torture se révèlent
les clés de son histoire ?
Telle est l'interrogation qui sommeille sous la décision ad
usum Delphini d'enfanter un Etat à la fois séraphique et tumultueux
et de le lancer dans l'arène du temps avec tout son attirail institutionnel.
Quelle est l'autorité innée du démiurge en chair et en os de 1947
qui a signé les certificats de bonne santé de la boîte osseuse
de l'humanité et qui en a installé un échantillon sur tel territoire
en lui disant : " Croissez et multipliez-vous ? " Si la puissance
de ce dieu lui a été accordée par un tiers, demandons-nous quel
laboratoire de l'anthropologie scientifique nous offrira un champ
d'analyse et d'expérimentation des comportements natifs ou appris
du cerveau simiohumain actuel dans l'histoire.
Quelle
folie, disent les docteurs ès résurrections, de fonder une politologie
dite scientifique sans rien connaître de l'encéphale dichotomique
de notre espèce! Comment un législateur terrestre du simianthrope
ferait-il prospérer Israël dans les deux mondes qui se partagent
si diversement le crâne biphasé des fuyards du monde animal ?
Notre espèce est la seule dont la bancalité propre est de n'habiter
exclusivement ni sur son astéroïde , ni dans le royaume de ses
songes! Certes, aucun animal ne se réduit à son ossature, à sa
musculature et à ses organes physiques. Mais celui-là souffre
de sa solitude au milieu de ses congénères, et cela si cruellement
qu'il tente de dialoguer avec le double qu'il se donne dans le
désert du cosmos.
Or,
ce double est glouton, ce double se démultiplie à loisir, ce double
se diffuse dans le vide , ce double s'en va camper dans le néant,
ce double dresse des bûchers afin d'y faire monter sa créature
et d'y monter lui-même, ce double feint de s'immoler afin d'immoler
le vermisseau demeuré sur la terre et dans lequel il refuse de
se reconnaître , ce double est un dieu dont le couteau s'appelle
l'histoire . Comment le dieu des glaives qu'on appelle l'homme
ne tuerait-il pas ses congénères afin de se prouver qu'il est
Dieu ? Quels sont les microbes qui contestent l'autorité du sceptre
et de la carcasse de ce Goliath de l'espace? A-t-on idée de domicilier
Dieu en Galilée, a-t-on idée de l'assigner à résidence dans un
laboratoire de l'humanité, a-t-on idée d'y observer comment ce
personnage des nues va nécessairement en découdre avec un autre
Titan de l'immensité, un certain Allah, alors que des millions
d'Allah en miniature dansent autour de lui et lui tressent des
couronnes . Les millions de petits Jahvé qui s'agitent autour
du trône de Jahvé ne feront-ils qu'une bouchée de leur rival ?
4
- Un animal théologique 
Raymond Aron disait d'un Président de la République : " Il
ne sait pas que l'histoire est tragique ". Le destin psychique
et mental d'Israël enseigne que le tragique véritable d'Adam est
lié à l'origine et à la nature du songe qu'il est à lui-même et
qu'il s'agit d'une dramaturgie psychogénétique dont l'encéphale
scindé de notre espèce est le théâtre . Car l'homme est le seul
animal dont le véritable interlocuteur est son propre double,
le seul animal qui dialogue avec sa propre image dressée dans
le cosmos , le seul animal qui tue les microbes indignes du Dieu
qu'il est à lui-même et qui se prétendent ses congénères à se
dresser sur leurs pattes de derrière.
Le degré de rationalité interne de la politologie scientifique
du XXIe siècle ne dépend donc pas moins de la qualité et de la
nature de son " discours de la méthode " que la réponse à la question
du contenu anthropologique inconscient des évangiles dépend de
la capacité des sciences humaines de demain de fabriquer la balance
à peser un objet cérébral que les théologiens appellent une révélation
et qui demeure, pour l'instant, un corps astral non identifié
. Si notre politologie était moins superficielle, donc moins fondée
sur le rationalisme étroit du XVIIIe siècle, nous saurions depuis
longtemps qu'une théologie est un papillon dont les ailes se complaisent
à leurs propres chatoiements. Pour observer ces ailes en laboratoire,
il y faut une pesée de la vie onirique des évadés de la zoologie.
Tentons
donc de raconter d'avance la tragédie de Sophocle ou de Shakespeare
à laquelle le monde se trouve d'ores et déjà livré par la croyance
d'Israël en sa provenance céleste . Le nœud de la tragédie n'est
autre que le double constat shakespearien que j'ai signalé à l'attention
des ornithologues de l'histoire et selon lequel rien, dans le
monde physique, ne ramènera de force l'acteur onirique que Israël
est à lui-même à ses frontières de 1967. Le peuple palestinien
sera donc condamné à livrer à l'onirisme de cet Etat la même guerre
de son propre onirisme que l'Espagne au Dieu des Maures, qui dura
plusieurs siècles, le même combat, également multiséculaire, des
peuples colonisés contre leurs colonisateurs, le même combat que
les Gaulois contre l'empire romain, le même combat que la Chine
pour retrouver sa souveraineté face à l'Angleterre. Car le vrai
champ de bataille du monde est celui des dieux que les Etats sont
à eux-mêmes dans l'arène des millénaires.
5
- La guerre des Visages pâles et des Peaux rouges 
L'évidence que l'identité psychobiologique des peuples est enracinée
dans leur ciel et qu'elle ne se laisse pas dissoudre dans celle
de leur vainqueur a été théorisée dans la postérité de Montesquieu
par les Taine, les Renan, les Gobineau un siècle et demi avant
les découvertes des généticiens modernes. Mais ces historiens
ne savaient pas encore que les millénaires de la géographie et
des climats ne façonnent à ce point les âmes et les cerveaux que
pour le motif qu'ils enfantent les dieux de l'endroit dans les
esprits. C'est qu'ils assurent la médiation entre le social et
le cosmologique. Ce sont les forgerons locaux du sacré, les intermédiaires
naturels entre les deux cerveaux du simianthrope, le terrestre
et l'onirique. Les Olympe changent de théologie, de couleur, de
tempérament et d'âme. Mais combien de temps la nature demande-t-elle
pour modifier l'encéphale de l'espèce dont le véritable interlocuteur
n'est jamais que l'idole qu'elle est à elle-même ? Les colonies
espagnoles ont attendu trois siècles pour se révolter contre leur
mère-patrie , les Anglais du Nouveau Monde un peu moins pour secouer
le joug de l'Angleterre et les derniers Bolivars seront des Indiens
appelés à sceller les retrouvailles de leurs tribus avec les voix
de leurs terres et de leurs dieux.
C'est pourquoi Israël a compris que le seul moyen d'effacer un
peuple de la surface de la terre est de l'exterminer, lui et ses
dieux, et que, pour cela, il faut le parquer dans le type de camp
de concentration qu'autorisent les démocraties. Mais jamais Israël
de réussira à changer les Palestiniens en Peaux-Rouges du Moyen
Orient sur une planète où l'ubiquité de l'image a changé l'histoire
du monde en une épopée produite par la Metro Goldwin Mayer . Avant
deux ans, internet aura terrassé la censure télévisuelle planétaire,
avant trois ans, les manuels scolaires d'Israël auront beau s'appliquer
à ignorer officiellement les frontières réelles du pays, les générations
montantes n'en auront pas moins réappris en cachette que les peuples
vaincus ont la mémoire d'éléphant de leur code théo- génétique.
Ce
n'est pas à l'agrégé de droit que vous êtes que je rappellerai
que seul un Etat reconnu comme tel dispose de l'autorité d'adouber
l'un de ses pairs, qu'aucun parti politique n'a qualité pour reconnaître
l'existence juridique d'un candidat à ce statut, donc pour lui
attribuer les titres et les apanages d'un acteur souverain sur
la scène du monde. C'est dire que les relations du droit international
d'aujourd'hui avec la morale sont relativement rassurantes, puisqu'il
est de plus en plus difficile à un Etat reconnu de légitimer un
confrère sauvage et même de nouer avec lui des relations diplomatiques
trop spectaculairement chaleureuses. Au contraire d'Israël, Washington
n'a jamais osé exiger de ses Indiens qu'ils proclament haut et
fort la légitimité du nettoyage ethnique dont ils ont été les
victimes. Comment le peuple des prophètes, peut-il en faire un
préalable à toute négociation avec ses Peaux-Rouges ? Comment
peut-il tenter de contraindre les Indiens du Moyen Orient à débattre
de l'emplacement et de l'étendue des réserves dans lesquelles
on les parquera sous la contrainte de la famine et du blocus économique
?
La question des relations que le messianisme entretient avec l'éthique
est au cœur des relations que toutes les religions et tous les
Etats entretiennent avec l'histoire. La vraie question est donc
de savoir si Israël réussira à allumer une guerre biblique à l'échelle
mondiale afin de réduire ses Peaux Rouges à merci ou si une humanité
encore aux prises avec le mythe sanglant du salut se sera suffisamment
divisé pour que son aile pragmatique remporte la victoire au Moyen
Orient . Il y a une dimension apocalyptique dans la conversion
du messianisme biblique au messianisme démocratique. Mais à force
que nous invoquions les mânes de Shakespeare, l'illustre Anglais
finira bien par sortir de son tombeau pour écrire et mettre en
scène les deux faces de l'histoire du genre humain, celle de la
platitude et celle du délire. Car les guerres de religion d'autrefois
illustraient seulement le choc entre deux mythologies ennemies,
tandis que la prochaine nous fera assister à l'ultime guerre théologique
de l'humanité , celle qui opposera le peuple élu au Titan de l'entendement
terrestre . Quel drame que notre impuissance à remettre la plume
de Clio entre les mains du grand William !
6 - L'inconscient volcanique
de l'histoire 
Voici quelques citations que vous connaissez sans doute, mais
que la diplomatie française ne pourra plus ignorer bien longtemps,
puisque les armées du monde entier montent désormais la garde
à la frontières entre l'Israël et le Liban.
" Si j'étais un leader arabe, je ne signerais jamais un accord
avec Israël . C'est normal, nous avons pris leur pays. C'est vrai
que Dieu nous l'a promis, mais en quoi cela les intéresse-t-il
? Notre Dieu n'est pas le leur. Il y a eu l'antisémitisme, les
nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce leur faute ? Ils ne voient
qu'une seule chose : nous sommes venus et nous leur avons volé
leur pays. Pourquoi devraient-ils l'accepter ? " David
Ben Gourion, Premier Ministre israélien, cité par Nahum Goldmann
dans Le Paradoxe Juif, p. 121
" Comment pourrions-nous rendre les territoires occupés ? Il
n'y personne à qui les rendre. Il n'y a jamais rien eu de tel,
puisque les Palestiniens n'ont jamais existé. " Golda Meir
, Premier Ministre israélien, 15 juin 1969
"
C'est le devoir des leaders israéliens d'expliquer clairement
et courageusement à l'opinion publique un certain nombre de faits
oubliés. Le premier est qu'il n'y aura pas de sionisme, de colonisation
ou d'Etat juif sans que nous chassions les Arabes et ne prenions
leurs terres. " Yoram Bar Porath, Yediot Aahronot,
14 juillet 1972
" Nous devons recourir à la terreur, aux assassinats, à l'intimidation,
à la confiscation des terres et à la suppression de tous les services
sociaux afin de débarrasser la Galilée de sa population arabe.
" Israël Koenig, The Koenig Memorandum soumis
au Premier Ministre israélien en avril 1976
Ou
bien le parti socialiste deviendra pleinement conscient de ce
que, tout au long des années à venir, le double destin d'Israël
- le terrestre nourrissant le biblique et vice versa - écrira
à l'école du sang l'histoire à la fois onirique et guerrière de
la planète et, dans ce cas, on comprendra également rue de Solférino,
que le désastre militaire américain en Irak n'était qu'une fumée
passagère, faute d'un contenu mythologique suffisamment vibrant.
Car les Etats-Unis ont été réveillés en sursaut par le rapport
Baker ; et ils éprouvent quelque peine à se rendormir. Pour l'instant,
seuls quelques esprits d'avant-garde du pays de Jefferson savent
que l'échec militaire et politique de la nation à Bagdad n'était
qu'un abcès de fixation physique, certes douloureux et qui menaçait
de gangrener tout le corps du malade, mais que les bistouris éradiquent
aisément ce genre de tumeurs. En revanche, le conflit israélo-palestinien
ressortit à un type de prolifération de cellules messianiques
encore ignorées de la science historique: jamais on n'avait observé
à la loupe le développement post-darwinien et post-freudien d'un
cancer cérébral capable de survivre même à son ablation chirurgicale,
parce que l'expulsion d'un corps cellulaire de ce type ne ferait
qu'accélérer l'ascension du condamné dans le fantastique.
Le
parti socialiste manquera-t-il une fois de plus le coche de l'histoire,
faute d'avoir appris que la greffe d'une civilisation dite de
la " délivrance " sur des peuples soumis à une autre version du
mythe de la rédemption est toujours l'expression d'une utopie
qu'il s'agit de conduire tout entière à bon port ? Rome a cru
à l'avenir civilisateur d'une science du droit qui avait besoin
du soutien des légions. Après avoir bénéficié d'une pax romana
de plusieurs siècles , les peuplades pourtant éduquées par le
glaive des lois écrites depuis plusieurs siècles ont retrouvé,
sinon leur langue originelle, du moins leurs mœurs tribales et
leur droit coutumier, qu'elles ont ensuite mêlé aux reliquats
dérisoires de la logique des grands juristes du peuple de la Louve
. Une civilisation voit son rêve de fonder la justice sur la logique
féconder le monde de l'art et de la pensée, puis se démembrer
inexorablement.
Sous Hadrien déjà, Rome avait tenté de mettre un terme à l'expansion
territoriale de l'empire; mais, jusqu'à la dislocation de l'Etat,
les Césars ont combattu pied à pied aux frontières. Certes, il
a fallu six siècles encore pour réduire le peuple des Quirites
à l'exténuation de son messianisme propre. Puis les bondes des
Parthes, des Huns et des Germains ont débordé. Aujourd'hui, l'empire
messianique d'Israël ressemble à " l'onde qui bout dans une
urne trop pleine ". Certes il n'y a pas de Waterloo de la
vie onirique du simianthrope ; mais nous ne sommes pas près d'apprendre
ce qu'il adviendra d'une espèce orpheline de sa propre sainteté.
A moins que nous ne le sachions que trop bien , tellement les
songes simiohumains ne quittent la scène que pour se réfugier
dans les souterrains du théâtre où les théologies font bouillonner
l'inconscient volcanique de l'histoire.
7 - Israël et la paralysie
politique de l'Europe 
Que l'aventure du débarquement d'une démocratie apostolique de
type calviniste en Irak ne soit qu'une tumeur maligne, rien ne
le démontre mieux que le rapport Baker, qui ne saurait ignorer
que la guerre des cerveaux au Moyen Orient renvoie à un carnage
théologique. Mais, voyant que les champs de bataille qui servent
de théâtre aux convulsions religieuses de l'humanité se situent
de nouveau au cœur d'une politique oscillante entre la platitude
et la démence, ce rapport préconise une accélération à courte
vue du traitement d'apothicaire de ce " dossier ", comme si le
fléau psychobiologique qu'illustrent les guerres eschatologiques
nées avec Moïse était plus aisément guérissable que les douze
plaies d'Egypte. Il n'existe, pour l'instant, aucune charlatanerie
de guérisseurs qui puisse porter remède à une maladie cérébrale
liée à la déréliction d'une espèce larguée dans le vide. Telle
est la raison pour laquelle la politologie maigrichonne et décérébrée
d'aujourd'hui a rendez-vous avec le tragique de l'histoire que
le génie des Cervantès, des Swift, des Shakespeare, des Kafka
a illustré . Les chances inespérées naissent des grands échecs.
Ce sera une grande chance, pour la puérilité du messianisme américain
que sa myopie tentera seulement de gagner du temps ; car la vue
basse d'une anesthésie administrative généralisée se révélera
aussi suicidaire à longue échéance que celle de sa sœur en cécité,
l'helvétisation de la planète par l'universalisation de la neutralité
armée.
Mais
déjà les dernières répliques du premier acte ont retenti à nos
oreilles. Au second lever du rideau sur le drame de la tiédeur
, on verra Israël rassembler toutes les forces de ses lobbys à
Washington, comme s'il lui était encore possible de banaliser
en catastrophe ou de faire oublier en un tournemain les conclusions
apocalyptiques du rapport Baker. Mais pour dénoncer le coup d'Etat
dont ce rapport se trouvera accusé, il faudra soutenir qu'il viserait
à rien moins qu'à renverser le trône de la liberté au sein de
toutes les démocraties du monde. Quelle sera alors la stratégie
diplomatique d'une France armée d'une longue vue? En résultera-t-il
une dégradation irrémédiable du prestige d'Israël sur la scène
internationale ? Un télescope fera-t-il soudain apparaître en
gros plan le monticule d'une politique européenne faussement désireuse
d'assurer les retrouvailles de notre continent avec sa souveraineté
? Mais il n'en naîtra une telle qu'à l'heure où Israël perdra
sa capacité illimitée d'apporter à Washington le soutien politique
et financier indispensable à la vassalisation définitive du Vieux
Monde par le Nouveau .
L'Europe actuelle se trouve frappée d'anorexie en phase terminale.
En vérité, elle demeure à peine respirante sous la tente à oxygène
du tartufisme politique. Une Allemagne tombée en léthargie depuis
1945 la soumettra à des techniques de survie. Mais six mois de
soins intensifs n'ont jamais fait gagner un marathon à un asthmatique.
De plus l'élection présidentielle française de mai 2007 paralysera
d'avance les initiatives diplomatiques éventuellement sérieuses
de Berlin qui , de toutes façons ne tentera en aucun cas d'aller
à l'essentiel - à savoir, la soustraction du Vieux Monde à la
tutelle militaro-politique ridicule, mais paralysante de l'OTAN.
Discours
imaginaire de Mme Angela Merkel devant le Bundestag sur la
future souveraineté de la nation allemande,
17 janvier 2006
A partir du mois de mai, il appartiendra donc à la France et à
elle seule d'arracher à son état cataleptique une future Europe
politique; mais vous savez que non seulement M. Nicolas Sarkozy
s'avoue lui-même le candidat des Etats-Unis, mais qu'il s'affiche
si ouvertement, comme le paon resplendissant de l'étranger qu'il
n'a pas craint d'afficher son allégeance et de principe aux vues
et aux directives institutionnelles de Washington, alors que la
IVe République elle-même avait tenté de secouer ce joug. Vous
savez également que ce candidat de parade porte sur la politique
mondiale un regard de cabinet d'avocats . Il s'agit d'un gestionnaire
adroitement calqué sur le modèle d'un autre avocat d'affaires,
Tony Blair; vous savez en outre que si cet orateur de prétoire
occupait l'Elysée pour cinq ou dix ans, le naufrage de l'Europe
politique serait devenu irréversible. Mais aussi longtemps que
la France héritière de Descartes n'aura ni philosophie, ni anthropologie
de l'animal théologique, la planète entière demeurera une énigme
politique aux yeux de sa classe dirigeante mondiale.
8 - Israël et l'occupation
militaire américaine de l'Europe 
Comment la gauche pensante éduquerait-elle en quelques années
seulement une élite politique renouvelée et qui saurait en tout
premier lieu qu'une civilisation ne se réduit pas à un marché
commercial, tel celui dont la Grande Grèce sous l'empire romain
nous fournit un parfait modèle , et ensuite, que cette évidence
demeurera un flatus vocis aussi longtemps que nos sciences
humaines n'auront pas de science psychogénétique des décadences?
Des esprits légers disaient à Descartes que son cogito ergo
sum se trouvait déjà chez saint Augustin. L'auteur du Discours
de la méthode leur répondait qu'il y a un abîme entre
une proposition théologique jetée en passant et une philosophie
fondée sur le déroulement logique d'une proposition fondatrice.
A ce titre, la France est un Descartes de la raison politique,
parce qu'en pleine guerre froide elle a osé faire évacuer le territoire
national par les troupes américaines . Dix-huit ans après l'effondrement
de l'empire soviétique, la France cartésienne soutient l'évidence
logique que les Etats européens encore occupés militairement par
leurs libérateurs sont ridicules de s'auto-proclamer souverains
et que l'Europe ne naîtra que le jour où la présidence tournante
ne pourra être exercée que par des nations dont le territoire
aura été évacué par les force armées américaines.
C'est dans cette attente que la France du cogito lutte
pied à pied afin de demeurer seule debout dans l'arène jusqu'à
la promulgation de la loi de séparation entre la politique et
la théologie. Descartes tient la barre de la logique d'Euclide
de l'histoire. Il enseigne aux nations dont le territoire se trouve
occupé par les divisions ou les régiments de garnisons étrangères
qu'elles y perdront leur âme et leur force, parce que toute occupation
militaire prolongée ruine souterrainement la volonté d'un peuple
, ronge en secret son courage , exténue de l'intérieur son énergie,
fatigue insidieusement ses élites. Comment une Allemagne occupée
depuis six décennies par quarante huit gigantesques bases militaires
américaines et une Italie changée pour toujours en un gigantesque
porte-avions américain amarré au cœur de la Méditerranée deviendraient-elles
jamais des alliés fiables aux yeux de la France cartésienne ?
L'empire
américain, c'est l'Otan, 29
juin 2005
L'
après 29 mai et l'avenir de l'Europe politique, Le débarquement
de la simiologie dans l'interprétation de l'histoire : la
tutelle de l'OTAN , l'empire des bases américaines , le double-jeu
de l'Angleterre , Nicolas Sarkozy et le meurtre du père.
13 juin 2005
Mais encore faut-il rédiger un Discours de la méthode
à l'usage des peuples souverains qui, dit la légende, naquirent
des dents du dragon.
9
- Le parti socialiste et l'Europe fantomale 
Le parti socialiste français se résignera-t-il à cautionner une
politique européenne fantomale ? S'il ne devenait la future vigie
de la civilisation européenne et s'il ne brisait les chaînes qui
assurent la présence à perpétuité des armes américaines sur le
territoire des nations du Vieux Monde, Shakespeare ferait de la
France la sentinelle d'un drame de l'impuissance dont le rideau
vient de se lever sur le troisième acte.
Car
les Etats-Unis sont d'ores et déjà entrés en guerre contre Israël.
Le flambeau éteint en 1992 s'est rallumé . On se souvient que
M . James Baker s'était risqué à demander à Israël la cessation
immédiate de son expansion coloniale, donc ni plus ni moins que
d'enterrer le sionisme. Puis ce minuscule Etat avait accompli
l'exploit théologique de faire élire Bill Clinton à la Maison
Blanche ; et l'on se souvient que ce Président était tellement
acquis au messianisme d'Israël qu'il avait été appelé plusieurs
fois à présider le Conseil des Ministres de cet Etat. Qui peut
croire que des médicastes sauraient seulement de quoi ils parlent
en Diafoirus de la science politique des théologies ?
Mais M. G. W. Bush n'a même pas pris la mesure des gigantesques
moyens financiers d'Israël et du poids de cet Etat dans la presse
et les médias américains. Même son intelligence pratique souffre
de la simplicité d'esprit qui lui avait fait demander candidement
à Ariel Sharon de mettre un terme à son offensive militaire en
Cisjordanie. On se souvient que la candeur de ce Président avait
paru surprise de découvrir qu'il n'avait pas l'oreille des guerriers
de l'étoile de David. Si la France pensante de demain ne profitait
pas des efforts aussi titanesques que stériles d'un James Baker
pour tenter de secouer le joug d'Israël sur son pays, croyez-vous,
Monsieur le Ministre, que l'Europe retrouverait un jour l'avance
culturelle qui seule la reconduira à la maîtrise navale de la
Méditerranée ? Les grands malheurs sont cérébraux . Nous n'avons
pas la connaissance du genre humain qui, hier, nous a permis de
secouer le joug des autels ; il nous faut combler un autre retard
intellectuel pour obtenir l'abandon du port de Naples par la flotte
de guerre du Nouveau Monde .
Enseignez
donc à Mme Ségolène Royal que les Etats ne sont pas seulement
des acteurs de l'histoire ; enseignez lui qu'ils sont l'histoire
incarnée ; enseignez lui que leur conscience d'eux-mêmes est liée
à leur chair, parce qu'ils sont le corps et le sang de l'histoire
; enseignez-lui qu'ils se comportent en grands dignitaires des
peuples dont ils portent le sceptre et la cuirasse. Un homme d'Etat
sait que les nations s'identifient au trône sur lequel leurs chefs
sont assis . Après le voyage de Mme Ségolène Royal à Pékin, enseignez-lui
qu'on ne courtise pas Israël et qu'on ne livre pas l'Iran aux
gémonies pour se faire bien recevoir de l'empereur de Chine.
C'est
dire que si vous étiez nommé Ministre des Affaires étrangères
de la France et si vous parveniez à informer Mme Ségolène Royal
de la nature et de l'esprit de la politique internationale , vous
ne seriez pas seulement - et je pèse mes mots - l'homme politique
le plus écouté de France, mais celui dont la connaissance de la
mémoire de l'Europe , la détermination politique et la capacité
de convaincre décideraient de l'avenir de notre civilisation,
tellement l'Europe actuelle, la France gaulliste exceptée, est
prête à accepter l'évaporation de son identité politique au profit
de l'axe Washington-Jérusalem , donc sa mort politique.
10
- Entre la jungle et l'utopie 
Qui prétendra que le messianisme politique sera éradiqué de l'histoire
du monde pour le motif que son lieu d'accueil se réduirait à un
lopin de terre en Galilée? Mais on aurait le plus grand tort d'oublier
que ce territoire microscopique est le cœur biblique d'un réseau
bancaire et médiatique mondial , que cette parcelle de terre est
protégée par les élites politiques du monde entier et enfin qu'il
est illusoire de domicilier cette tapisserie de Pénélope en Palestine,
où sa miniature terrestre n'est que le centre névralgique de la
toile.
Pour comprendre la fabuleuse puissance financière d'Israël, il
faut savoir que le " Système fédéral de réserve " des Etats-Unis
n'est pas une institution de l'Etat américain, mais un cartel
composé de huit banques privées, dont la vocation, lucrative par
définition, a été légalisée presque en catimini la veille de Noël
1913. A l'origine, le papier-monnaie qu'elle émettait, le dollar,
était garantie, à l'instar de toutes les autres monnaies de l'époque,
par l'or qu'achetaient les banques afin de garantir leurs prêts.
Mais à Bretton-Wood, en 1944, il fut décidé que l'once d'or coûterait
trente cinq dollars dans le monde entier . Or, depuis 1971 et
en raison des masses de dollars englouties dans la guerre du Vietnam
, la référence à l'or a été abandonnée. Cela signifie qu'il est
devenu, un métal aussi ordinaire que le nickel ou le cuivre et
qu'il est coté en bourse au titre d'une marchandise dont le cours
dépend des fluctuations de la loi dite de l'offre et de la demande
.
Du coup, le dollar restait à la fois la monnaie de référence pour
les autres monnaies et la " monnaie de réserve ", alors
que dans le même temps le Système fédéral de Réserve s'était
autorisé à ne plus posséder de réserves d'or , ce qui lui permettait
de faire " flotter " sa monnaie. Le dollar devenait donc
un veau d'or mental dont la valeur reposait sur la vénération
de ses adorateurs. Or, cette piété survivait parce que le montant
de la masse mondiale de dollars était connu sous la forme de l'agrégat
M3, ce qui donnait confiance aux fidèles. Mais le 23 mars 2006,
le montant de l'émission massive de dollars par le cartel est
devenu secret , ce qui témoigne de la terreur mondiale que déclencherait
la révélation du déficit réel de la balance des paiements des
Etats-Unis .
C'est pourquoi le trust international de banques privées qui avait
réussi à fixer la valeur de l'or à l'échelle de la planète - ce
qui allait lui permettre de le marginaliser plus aisément - a
le plus grand intérêt à maintenir dans les esprits la confusion
selon laquelle la monnaie théologique - on la qualifie de fiduciaire
- serait celle de l'Etat fédéral, ce qui nous renvoie à l'anthropologie
du sacré; car de même que le Fils se confond au Père dans le christianisme,
alors qu'elle ne l'est qu'à titre fictif, une nation qui a perdu
le droit tout terrestre de battre monnaie n'a plus de fils en
or.
Cette ascension au ciel du fiduciaire, remonte à 1791. Cette année-là,
des banquiers conduits par les Rothschild de la City de Londres
ont créé une banque qui prit grand soin de se baptiser " Bank
of the United States ", mais qui n'était pas plus américaine
que le Système fédéral de Réserve (FED) actuel n'est fédéral.
C'est donc dans un royaume aussi illusoire que le Paradis que
la banque centrale de la plus grande démocratie du monde frappe
la monnaie de la foi au profit de huit grands propriétaires: Rothschild
Banks of London and Berlin, Lazard Brothers Bank of Paris , Israel
Moses Sieff Banks of Italy , Warburg Bank of Hamburg and Amsterdam,
Lehman Brothers Bank of New York, Kuhn Loeb Bank of New York,
Chase Manhattan Bank of New York , Goldman Sachs Bank of New York.
Après
un règne de quatre-vingt treize ans, ces banques, instruites par
le krach de 1929, se préparent d'ores et déjà à survivre à une
seconde chute du dollar par le biais d'un gigantesque accroissement
de leurs acquisitions immobilières et industrielles, puisqu'elles
alimentent sans difficulté leurs achats par l'émission massive
de monnaie, comme le rappelle le World Investiment Report 2006
de l'ONU. Naturellement, le cartel prête ensuite à l'Etat
américain les sommes titanesques que coûte l'entretien des bases
militaires et la guerre d'Irak. Les intérêts de ces prêts sont
donc payés par le contribuable, puisque la monnaie mythique qu'émet
le cartel par une simple opération comptable est tenue pour réelle
par le peuple des fidèles.
Ce système a été bien inutilement dénoncé depuis deux siècle.
Salmon P. Chase, Secrétaire du Trésor sous Abraham Lincoln,
écrit qu'il a compris trop tard les conséquences dramatiqus pour
son pays et pour le monde de cette politique : "Ma contribution
au passage de la loi des Banques Nationales fut la plus grande
erreur financière de ma vie. Cette loi a établi un monopole
qui affecte tous les intérêts du pays. Cette loi doit être
révoquée ; mais, pour cela, le peuple devra se ranger d'un côté,
et les banques de l'autre, dans une lutte que nous n'avons jamais
vue dans ce pays." Vous connaissez sans doute la déclaration
de Charles A.Lindberg, le père du célèbre aviateur, selon
lequel: "Cette loi établit le plus gigantesque trust sur
terre. Lorsque le Président (Wilson) signera ce projet de
loi, le gouvernement invisible du Pouvoir Monétaire sera légalisé...et
le pire crime législatif de tous les temps aura été perpétré par
cette loi sur la banque et le numéraire."
Mais,
faute d'une véritable anthropologie critique, l'humanisme superficiel
dont notre civilisation demeure si fière n'accède pas à la profondeur
de la connaissance du cerveau simiohumain qui lui permettrait
de comprendre que le véritable inventeur de ce gigantesque monopole
du fiduciaire est le catholicisme du Moyen-Age, qui s'était assuré
l'exclusivité de l'octroi à titre onéreux d'un salut évidemment
fictif - celui que le trafic des indulgences assurait à titre
posthume contre espèces sonnantes et trébuchantes sur cette terre
. A l'instar du monde actuel, le peuple des croyants payait les
intérêts des sommes investies dans la vie éternelle et qui enrichissaient
le grand cartel du ciel - celui d'un Vatican seul habilité à encaisser
les redevances de l'immortalité.
On
comprend que, dans ces conditions, les Etats arabes se soient
vu interdire par le trust planétaire de secourir les Palestiniens
affamés de Gaza - d'où le transport en contrebande de valises
de dollars en provenance d'Iran que j'ai rappelé plus haut. Un
Etat devenu à lui-même son propre cartel du ciel sous la forme
d'une banque de la foi autorisée à émettre sans contrôle une monnaie
fiduciaire à guichets fermés, un Etat devenu son propre démiurge
juridique et financier, et son propre fiat lux politico-théologique,
un tel Etat illustre un personnage ancien et toujours nouveau
de l'histoire universelle : à savoir, une seconde incarnation
du mythe du Père, mais d'un Père du veau d'or.
La politologie de demain cessera donc de photographier l'évolution
des squelettes muets et le cubage aveugle des boîtes osseuses
pour radiographier un animal scindé de naissance entre le réel
et le sacré et qui s'est spécialisé dans le trafic entre les deux
lobes de son cerveau. Les analystes de cette discipline voudraient
informer les semi évadés de la zoologie du fonctionnement onirique
de leur tête. Ils enseignent que l'histoire simiohumaine oscille
entre la jungle et l'utopie et que le simianthrope n'est pas près
de réconcilier les pôles opposés de sa psychophysiologie .
11 - Israël et la stratégie
anti européenne de Washington 
Vos responsabilités à la tête de la diplomatie française seraient
encore plus lourdes que celles de vos prédécesseurs. Souvenons-nous
de ce que, de leur temps, l'alliance sans faille entre Washington
et Jérusalem permettait à Israël d'obtenir instantanément de son
puissant allié l'envoi de bombes à déverser sur la population
civile du Liban ; souvenons-nous de ce que, de leur temps, la
France luttait seule contre vents et marées afin de tenter de
mettre fin aux hostilités ; souvenons-nous de ce que, de leur
temps, le Président de la République avait aussitôt stigmatisé
cette irruption armée au titre de " réaction disproportionnée
" , donc de violations du droit international.
Mais
comment l'horizon de l'Europe se serait-il éclairci, puisqu'Israël
dispose désormais d'armes politiques et diplomatiques de substitution
autrement plus puissantes que les précédentes ? J'ai déjà dit
que cet Etat engagera nécessairement une guerre à mort contre
les conclusions du rapport Baker et qu'il recourra fatalement
à une arme de dissuasion plus massive qu'un nucléaire devenu militairement
inutilisable. Cela signifie qu'au début du troisième acte, on
verra Israël feindre d'encourager le Vieux Continent à reconquérir
sa souveraineté par le rejet poli et même feutré de la tutelle
de l'Otan. Mais comment l'empire américain accepterait-il jamais
cette monnaie d'échange-là ?
Hier
encore, le Président du CRIF soutenait, primo, que la France
aurait secrètement obéi aux directives de Washington au cours
de la guerre d'Israël contre le Liban, secundo que l'indépendance
officielle de notre diplomatie n'aurait été, en réalité, qu'une
docilité masquée, tertio que le tapis de bombes israéliennes
déversé sur un pays ami n'aurait été qu'un ultime subterfuge afin
d'étaler à tous les regards la connivence et l'acquiescement désormais
retrouvés entre Paris et Washington, et cela trois ans seulement
après la menace de la France d'opposer son veto à une guerre d'agression
contre l'Irak ; quarto que Paris se repentirait maintenant
d'avoir failli mettre Washington au ban d'une civilisation fondée
sur le respect de la loi internationale en dénonçant une guerre
d'agression déclenchée en violation du droit de la guerre, quinto,
que nous aurions entériné en catimini la délégitimation de l'autorité
juridique et morale des Nations Unies. Mais le CRIF de demain
fera mine de changer son fusil d'épaule afin de paraître, cette
fois-ci, aider un instant, le Vieux Continent à desserrer l'étau
de sa servitude, mais en sachant bien que le Nouveau Monde rejettera
un troc qui ne lui laisserait d'autre choix que l'effondrement
de sa domination sur le Vieux Monde ou le renouvellement, vital
pour lui, de son soutien inconditionnel à Israël . La diplomatie
du revolver sur la tempe d'un empire par son bailleur de fonds
est pour demain.
Puisque
la candidate du parti socialiste a révélé à Beyrouth et à Jérusalem
qu'elle n'a pas encore les cartes du monde réel dans la tête,
Israël pourra dormir sur les deux oreilles. Mais la France s'imagine-t-elle
que les diplomates du monde entier n'auraient pas lu le livre
de chevet de tous les Etats depuis un demi millénaire, Le
Prince de Machiavel ? Comment ce bréviaire mondial de
toute politique étrangère sérieuse aurait-il été effacé des tablettes
de la mémoire à Jérusalem quand il s'agira de feindre d'ébranler
la domination de Washington sur l'Europe afin de sauver le " peuple
élu " par le retour précipité du Département d'Etat à Jérusalem
? Il est tellement évident que l'Amérique y réfléchira à deux
fois si Israël devait montrer quelque velléité d'indépendance
à son égard qu'il me faut revenir une dernière fois à l'examen
de l'aporie insoluble à laquelle la décision du 29 novembre 1947
a conduit un monde privé de politologie scientifique, donc de
toute connaissance rationnelle des impasses anthropologiques de
la condition humaine. Pour cela, il me faut tracer l'esquisse
d'un "discours de la méthode " .
12 - Le messianisme
et l'histoire 
Pour conduire les sciences humaines à la connaissance des secrets
anthropologiques du messianisme , il est inutile de tenter de
peser sur les balances d'autrefois les forces en présence au sein
de la problématique nouvelle, celle qui se met en mesure de comprendre
leur nature et les combinaisons inconnues des Thucydide et des
Tacite auxquelles elles se livrent entre elles. Car le messianisme
est non seulement le moteur psychique de l'histoire, mais également
la condition de la naissance et du progrès des civilisations finalisées,
de sorte qu'à ce titre, l'histoire vivante se fonde sur la ségrégation
des esprits qui auront débarqué avant l'heure dans leur siècle.
C'est pourquoi la philosophie est née avec un penseur malheureux,
qui proclama la souveraineté absolue d'un cerveau plus réellement
pensant que celui de ses prédécesseurs et qui fut condamné à mort
pour cela. Tout créateur boit la ciguë de son apartheid propre.
Mais faut-il en conclure que l'adage le plus sot qui ait jamais
été prononcé serait celui de Montesquieu, qui soutenait, au contraire,
qu'il n'y avait pas de folie plus grande que de vouloir être sage
tout seul ? Car si la pensée est à elle-même son propre messie
et si le messianisme conjugué des Etats-Unis et d'Israël est condamné
à rencontrer l'iceberg de sa propre sottise au point d'entraîner
ces deux peuples dans un naufrage commun, ne faut-il pas se demander
quel est le destin de l'apartheid de la solitude qu'on appelle
le génie?
Les
premiers conquérants d'une terre édénique - le Nouveau Monde ou
le Canaan d'Israël - obéissaient encore à un messianisme créateur
; et le siècle du miracle grec était un messie de sa propre grandeur
auquel nous devons la fécondation de la pensée mondiale depuis
vingt-cinq siècles . Et voici que le gigantesque apartheid des
démocraties messianiques se change en un camp de concentration
planétaire ; et voici que l'intelligence se brise sur le rocher
de sa propre cécité . Comment un Quai d'Orsay déniaisé et qui
ouvrirait les yeux sur l'espèce humaine n'apprendrait-il pas que
la pesée des forces réelles de la politique exige un changement
de la balance de Clio, parce que l'on ne pèse pas davantage les
problématiques nouvelles avec les poids et les mesures d'autrefois
qu'on ne verse dans de vieilles outres le vin nouveau de la science
de la mémoire.
Car
voici que le destin messianique d'Israël met cette nation devant
le choix de se montrer solidaire d'un gigantesque naufrageur de
l'Europe ou de s'en séparer. D'un côté, un monde monopolaire et
à sa main lui est nécessaire, car il doit mettre un géant planétaire
à son service afin de protéger son expansion territoriale sous
sa cuirasse. De l'autre, cet Etat sait que le double messianisme
des Etats-Unis et de Jérusalem court vers un monde multipolaire
; cet Etat sait que Berlin est entré dans son avenir aux côtés
de la Russie, de la Chine, de l'Inde et de l'Iran ; cet Etat sait
que les Germains n'aideront la France et l'Europe à terrasser
les messies associés d'Israël et du Nouveau Monde qui les menacent
que si le pays de Goethe, de Schiller et de Kant conquiert tout
son poids face à la francophonie et à l'universalisme cartésien
qui la soutient.
Mais
si le messianisme territorial d'Israël n'est donc plus à l'échelle
de la problématique réelle qui commande l'histoire, la nation
victorieuse des idoles de bois, de pierre ou d'airain, retrouvera-t-elle
son autre vocation messianique, celle de conquérir l'empire de
l'universalité de la pensée ? Il y a deux messianismes : celui
des Alexandre ou des Gengis Khan et celui des prophètes d'Israël,
qui ont enseigné aux évadés du camp de concentration de la zoologie
que l'esprit n'est ni dans le bois, ni dans la pierre, ni dans
l'airain et que le seul apartheid digne de l'homme est celui des
solitaires que la compagnie de leurs congénères plonge dans les
hautes solitudes.
Comment
le ministère des affaires étrangères de la France négligerait-il
les responsabilités d'une politologie réellement scientifique
si cet enfantement-là est devenu l'enjeu fondamental de la géopolitique
et si un Etat privé de connaissance rationnelle du messianisme
humain est un Titanic? Le monde entier attend la naissance d'une
éthique des civilisations. Puisse la gauche pensante de demain,
tracer le chemin d'une diplomatie fondée sur la connaissance anthropologique
de l'histoire et de la politique.
le 11 janvier 2007