Depuis la Renaissance,
le genre humain s'était essayé à reconquérir progressivement le
rang d' "animal rationnel " que l'antiquité lui avait
tardivement accordé. Cette tentative de se libérer des ténèbres
du Moyen-Age avait conduit l'Europe au siècle des Lumières , lequel
avait cru éclairer à jamais l'histoire et la politique aux feux
d'une raison divisée entre le flambeau de Voltaire et celui de
Rousseau.
Le lecteur de ce site
sait que, depuis le11 septembre 2001 , j'essaie d'approfondir
la problématique et la méthodologie de la science politique ,
donc de la connaissance de l'histoire à l'aide d'une raison un
peu moins superficiellement informée du fonctionnement psychobiologique
d'une espèce viscéralement onirique , ce qui exige un approfondissement
de nos sciences humaines; car celles-ci , qui ne sont encore ni
à l'écoute , ni à la recherche de la triple postérité de Darwin
, de Freud et d'Einstein.
Mais la guerre que
je fais à une raison qui ne s'est désenchaînée du sacré
que pour tomber dans la légèreté se heurte désormais au tabou
qui interdit toute interprétation rationnelle du destin temporel
et " biblique " d'Israël. Il devient impossible d'ignorer
plus longtemps cette tragédie à l'heure où l'Europe monte la garde
à la frontière entre l'Etat hébreu et le Liban aux côtés de la
Russie et de la Chine, à l'heure où le déluge de bombes déversé
en juillet dernier sur ce pays ami de la France soulève la question
de l'origine et de la nature de l'expansion continue des colonies
juives en Cisjordanie, à l'heure où la réponse à ces énigmes se
situe au cœur de l'histoire du monde , à l'heure où l'effondrement
militaire et politique continu des Etats-Unis a rendu irréversible
la naissance d'un monde multipolaire, à l'heure, enfin, où Israël
a plus besoin que jamais du monde unipolaire dans lequel il trouve
l'appui d'un Etat non moins messianique que lui-même, ne serait-ce
qu'au titre de protecteur et de garant d'une expansion territoriale
menée en violation du droit international.
1 - Shakespeare aujourd'hui
2
- Il n'était jamais arrivé…
3
- Un Etat mythique
4
- Le droit international et l'éthique
5
- Une aporie anthropologique
6
- Les protocoles de cour du droit de la guerre
7
- Le " privilège de tuer "
8
- Le délit de candeur
9
- Qu'est-ce qu'un diplomate ?
10
- La connaissance anthropologique des religions et la science
politique
11
- Sous l'œil des barbares
12
- Qui écrit l'histoire de la France ?
13
- Un Munich mondial des démocraties
1 - Shakespeare aujourd'hui
Monsieur
le Ministre,
Qu'en serait-il du rayonnement culturel et de la lucidité, donc
de la fermeté politique de la France de demain si votre combat
de conseiller diplomatique de Mme Ségolène Royal devait vous conduire
au Quai d'Orsay ? Vos compétences dans le royaume de l'esprit
sont également de nature à sceller une alliance nouvelle et nécessaire,
mais combien difficile, de la raison politique avec les responsabilités
mondiales d'une future Europe de la pensée. Il nous faut donc
chercher la balance à peser les poids respectifs de l'action et
de la réflexion critique, puisque ce pacte fondera la science
diplomatique de demain.
Certes, notre politologie se veut l'héritière du siècle des lumières
et de la victoire de l'intelligence sur l'obscurantisme religieux
de l'époque. Mais les concepts les plus universels sont-ils demeurés
les flambeaux de la politique de la France ou bien le devoir d'un
Etat moderne est-il désormais de descendre dans les profondeurs
de l'esprit des peuples et des nations, ce qui exige une connaissance
anthropologique de leur identité la plus secrète ? Comment conduire
la politique étrangère d'un Etat dont la vocation demeure planétaire
si notre science historique passe au large de la postérité politique
de Montaigne et de Montesquieu, faute que nous pénétrions dans
les arcanes psychiques et politiques d'un siècle qu'illustre l'expansion
territoriale et messianique d'Israël au détriment de son voisin,
le peuple palestinien ?
Une
politologie qui ne connaîtrait pas suffisamment l'encéphale onirique
de notre espèce pour se raconter la guerre des dieux et notamment
la victoire des armées d'Allah sur celles de Jahvé il y a quelque
quatorze siècles aura grand besoin d'un Ministre des affaires
étrangères tel que vous, qui lisez régulièrement Homère et qui
connaissez si bien l'Iliade et l'Odyssée
que la guerre entre les ciels que le monde se partage vous a livré
quelques clés précieuses de l'histoire secrète de la politique.
Mais si, de nos jours, les guerres qui déchirent nos derniers
Olympe renouent avec celles qui dévastaient les cerveaux et les
âmes de nos ancêtres , quels exploits pouvons-nous attendre du
conceptualisme superficiel de la raison française dans la région
la plus tumultueuse du globe? Comment coulerons-nous notre connaissance
voltairienne des peuples dans le creuset d'une seconde Renaissance
si nous ne prenons la mesure de la tragédie de Shakespeare qui
va se dérouler d'acte en acte sous nos yeux?
Quel drame à l'échelle de la planète l'âge démocratique de la
politique n'aurait-il pas inspiré au génie de Shakespeare ! Sans
doute l'auteur de Macbeth , du Roi Lear , de Coriolan se serait-il
fait un spectacle du renversement du trône de son propre fils
par un père épouvanté de ce que le suffrage universel avait mis
le sceptre de l'empire du monde entre les mains d'un idiot de
village. Quel théâtre que celui d'une République livrée à des
intrigues de cour et à des factions d'un type inconnu de la Rome
antique ! Seul vous avez eu le courage de dénoncer publiquement
la faiblesse d'esprit du héros principal de la pièce, seul vous
avez dressé le portrait du fantoche qui fait de l'histoire de
la planète une gigantesque épopée de la folie. Voyons donc à quelle
profondeur votre connaissance anthropologique du théâtre de Shakespeare
conduit la réflexion sur la politique internationale .
Les Français vous savent gré d'avoir tenté de perpétuer l'éclat
culturel de la nation de Molière et de Descartes sur la scène
internationale. Quelle personnalité plus représentative de la
France de l'âme et de l'intelligence qu'un civilisateur de la
politique dont la connaissance de l'histoire s'est forgée à la
double école des savoirs et des arts ?
2 - Il n'était jamais
arrivé… 
Si notre humanisme au petit pied nous interdit encore de radiographier
l'encéphale des Etats, des peuples et des nations, donc d'accéder
à une politologie qui répondrait aux défis que nous lance l'histoire
de ce siècle , ne dois-je pas commencer par vous demander ce que
vous ferez au nom de la France de toujours, celle des Talleyrand
et des Vergennes , mais également celle des Clemenceau et des
Jaurès si vous étiez appelé à exercer les responsabilités du Ministre
des affaires étrangères de la République à l'heure où les mythes
religieux ont repris possession de la terre et où nos philosophes
et nos anthropologues ignorent encore pourquoi et comment le cerveau
infirme de notre espèce sécrète depuis des millénaires des dieux
tantôt exténués, tantôt armés jusqu'aux dents ?
Vous
savez qu'il existe des espèces animales composées d'individus,
tels les aigles et les lions , d'autres exclusivement grégaires,
tel le loup et de nombreux insectes, d'autres composés de couples,
mais qui se rassemblent chaque année pour une grande aventure
collective, telles les hirondelles, qui changent de continent
à tire d'aile à l'approche de l'hiver. Mais seule l'espèce trans-zoologique
à laquelle nous appartenons fuit son isolement d'une manière démente;
car l'homme souffre à ce point de sa solitude que, voyant une
étendue inhabitée s'étendre sans fin sous son regard, il y cherche
des congénères dignes de son propre esprit et en vient à peupler
le vide d'acteurs dont il se représente si fort la taille et les
aptitudes qu'il a longtemps entretenu avec eux des relations bien
calculées . Mais la boîte osseuse de notre espèce se trouvant
soumise à un accroissement constant de son volume , nous n'avons
pas tardé à découvrir que les personnages invisibles auxquels
nous exprimions notre vénération étaient nés de notre seule imagination
et nous avons décidé de nous fournir un seul partenaire et protecteur
que nous avons privé de chair et d'os afin de le diviser plus
facilement entre trois personnages, au gré de nos climats et de
nos tempéraments, qui diffèrent grandement d'un territoire à l'autre
sur notre astéroïde . Mais nous n'avons pas réussi pour autant
à terrasser notre isolement cérébral . Depuis quelques siècles,
le cubage de notre crâne n'a cessé d'augmenter ; aussi quelques-uns
d'entre nous ont-ils découvert que notre idole partage avec nous
notre incarcération dans le cosmos. Depuis lors, nous l'observons
comme un animal condamné à combattre en vain l'infini et le vide
dans lesquels il cherche à son tour un interlocuteur de son emprisonnement.
Puisque
nous savons maintenant que notre solitude diffère grandement de
celle des lions, des aigles, des hirondelles ou des fourmis, ne
pensez-vous pas qu'il serait irréaliste, pour notre espèce, de
persévérer à se cacher que Jahvé et la créature qui lui sert d'alter
ego sur notre terre posent à la science historique un problème
politique dont le monde des songes ne présente aucun exemple ?
Il n'était jamais arrivé aux malheureux vivants qui ne se sont
évadés de la zoologie que par la porte grande ouverte de la folie
qu'une portion tenace d'entre eux fût chassée de sa terre, il
n'était jamais arrivé qu'elle errât aux côtés de sa geôle cérébrale
pendant deux millénaires, il n'était jamais arrivé qu'elle y conservât
sa langue, ses autels et ses rites d'une génération à la suivante
au sein de tous les autres occupants de la terre, il n'était jamais
arrivé qu'elle préservât son identité onirique au point d'être
demeurée une nation étrangère sur toute la surface du globe ,
il n'était jamais arrivé que sa divinité lui servît de sceptre
et de bouclier au point qu'après la dernière persécution qu'elle
a subie , la plus cruelles de toutes, sa spécificité fût enfin
reconnue de tous les peuples du monde et qu'on la transportât,
avec tous ses emblèmes et ses Ecritures, sur le sol qu'elle avait
quitté vingt siècles auparavant ; il n'était jamais arrivé qu'un
concert universel des Etats fût habilité à la ressusciter de ses
cendres; il n'était jamais arrivé qu'elle secouât la poussière
de ses souliers et reprît d'un pas vaillant sa marche de conquérante
parmi ses congénères.
Voilà
assurément un héros de Shakespeare que personne n'avait rencontré
sur les terrasses d'Elseneur de la mémoire de nos nations, voilà
assurément un spectre qui posera au Ministère des affaires étrangères
de la France de demain et à ceux de tous les autres peuples piétinants
sur notre planète un problème politique aussi difficile à résoudre
que la quadrature du cercle : celui de savoir comment faire monter
sur les planches du théâtre qui s'appelle l'histoire un personnage
arraché en chair et en os à l'illustre mausolée qu'il était à
lui-même devenu.
3
- Un Etat mythique 
Comme vous le savez , la décision du 29 novembre 1947 des Nations
Unies de libérer un Etat de son sépulcre et de le lancer tout
vivant et respirant dans l'arène internationale où Clio sera censée
l'accueillir à bras ouverts avait pris la forme d'une simple "
recommandation " , donc d'un acte qu'on avait tenu à grand tort
pour juridiquement valide, puisqu'il se trouvait dépourvu ab
ovo du caractère obligatoire sans lequel nulle législation
ne saurait logiquement se prévaloir de la cohérence interne qui
élève le droit au rang d'une science depuis la loi romaine dite
des douze tables. Mais pourquoi n'existe-t-il aucune autorité
en ce bas monde qui jouisse des prérogatives et apanages de créer
un Etat ex nihilo , pourquoi ne se trouve-t-il aucun sceptre
dans le temporel pour prononcer le fiat lux d'une nation,
pourquoi tous les jurisconsultes savent-ils qu'aucun motu proprio
terrestre ne légitime l'existence d'Israël dans le ciel du
droit international et qu'il s'agit donc d'un Etat aussi fictif
qu'un personnage de Shakespeare ? Israël jouirait-il donc du statut
d'Hamlet ou du roi Lear ?
Nenni : l'identité fantomatique d'Israël ne se situe pas dans
l'histoire shakespearienne, ou cervantesque ou homérique ou moliéresque
du monde , et cela pour le motif que les personnages physiques
ne peuvent naître que sur le modèle théologique de la Genèse,
dont la logique interne exclut que la légitimation fondatrice
de l'existence d'aucune créature soit incluse dans l'autorité
que sa propre nature exercerait sur son géniteur mythique. C'est
pourquoi les Eglises échouent à fonder la création sur la logique
d'Aristote , c'est pourquoi, depuis deux mille ans , elles tentent
en vain de prouver l'existence de leur divinité à l'aide d'arguments
dont la rationalité aurait précédé celle du démiurge dont elles
se réclament. Israël est donc un personnage mythologique par nature,
comme toutes les nations, de sorte que seule une autorité démiurgique
à son tour peut l'enfanter . Si le droit était un personnage théologique,
les Nations Unies auraient proclamé leur décision souveraine de
créer Israël tout d'un pièce; et elles auraient ajouté: " Nous
avons vu que notre œuvre était bonne ". Malheureusement, le droit
se fonde seulement sur sa propre problématique, le droit ne dit
que le droit. Sa logique interne est aussi impuissante que celle
d'Aristote de créer des personnages en chair et en os.
4
- Le droit international et l'éthique 
C'est pourquoi les juristes se voient contraints de frapper à
la porte du mythe afin de fonder, en dernier ressort, leur autorité
sur celle des évangiles, lesquels ressortissent à la littérature
fantastique, ce qui les rend seulement swiftiens, balzaciens ou,
obstinément Shakespeariens ; et c'est pourquoi les victoires de
la force empruntent les vêtements littéraires ou théologiques
de la sacralisation du temps de l'histoire; et c'est pourquoi
le glaive triomphe de la justice en vertu des pactes éternels
que les idoles concluent avec le sang payant de leurs fidèles.
Mais pour que les prodiges de leur sainteté s'accomplissent sous
le sceptre de leur durée, il faut que les vaincus aient été mis
définitivement mis hors de combat, donc que le sceptre du silence
règne sur les carnages. Si la voix des morts n'a pas été étouffée
ou éteinte, la capitulation des volés et la glorification de leur
voleur demeure nulle et non avenue, tellement l'éthique simiohumaine
et sa sublimation religieuse ne s'accordent comme larrons en foire
que si la lucidité et le courage ont pourri avec les cadavres
.
Vous
voyez, Monsieur le Ministre, combien la rencontre en votre personne
des enseignements de la culture et de ceux l'éducation nationale
nous conduit à l'apprentissage des lois de l'extermination et
de la survie des nations. Votre vocation diplomatique y trouvera
l'exemplarité la plus hautement civilisatrice , puisque vous incarnerez
non seulement les droits de la France de l'esprit dans la politique
mondiale , mais ceux de l'éthique qui pilote le pacte multiséculaire
que la nation des droits de l'homme a conclu avec l'esprit de
justice. Vous voyez également combien les principes de la démocratie
planétaire que nous avons fondée sur la sainte trinité de la liberté,
de l'égalité et de la fraternité ont pris rendez-vous avec le
génie de Shakespeare , tellement l'auteur tragique que vous admirez
n'a jamais seulement tenté de faire monter sur les planches la
logique cartésienne du personnage qu'on appelle un Etat démocratique.
C'est qu'il n'a pas eu l'heur de rencontrer l'occasion de mettre
en scène le Hamlet de l'histoire de la planète que l'on appelle
le droit international. Qu'en est-il de cet Adam chancelant entre
les droits du glaive et ceux de l'esprit ? Est-il éploré ou rageur
sous les lambris du Quai d'Orsay ou parade-t-il au grand jour
de la cécité et de la sottise du monde?
5
- Une aporie anthropologique 
La France vaincue attendra-t-elle à Canossa et les pieds dans
la neige qu'Israël lui accorde sa bénédiction ? Notre Jeanne d'Arc
de la gauche était partie d'un si bon pas sur les chemins de l'éthique
politique de la nation qu'elle semblait connaître comme personne
l'histoire et l'esprit des peuples et des Etats civilisés de l'Europe.
Pouvez-vous nous confirmer la profondeur et l'étendue de la vision
politique de cette candidate? Sait-elle qu'il est trop tard pour
jamais fonder un véritable Etat palestinien, parce que, depuis
le renversement du roi Lear américain, en 1992, Israël a réussi
à implanter quelque cinq cent mille colons de plus dans la partie
conquise de Jérusalem et en Cisjordanie, qu'il appelle la Judée
et la Samarie, et qu'il sera bien impossible de jamais ramener
aux frontière de 1967 un Etat certes fictif en droit, mais aussi
réel dans l'ordre biblique que Lady Macbeth dans l'ordre Shakespearien?
Mme Ségolène Royal sait-elle qu'une nation est un personnage théologique
aussi éternel que tenace et que ses fils étendent de génération
en génération son territoire natal ? Sait-elle que, de leur côté,
les Palestiniens combattront sans relâche dans un monde où l'ubiquité
de l'image et de la voix interdit désormais aux vainqueurs de
faire triompher le droit du plus fort et de le faire cautionner
dans l'éternité à l'école de la légende et du mythe? Sait-elle
que les annonciateurs d'un fédéralisme qui réunirait deux Etats
sémites harmonieusement confondus par delà le fer et le feu sont
les conteurs des Mille et une Nuits de la politique ? Sait-elle
que la politologie aveugle des démocraties messianiques est à
celle de demain ce que la phlogistique était à la chimie de Lavoisier
?
6 - Les protocoles de
cour du droit de la guerre 
Monsieur
le Ministre,
Eclairerez-vous la France et les Français sur l'avenir onirique
du pays de la raison dans le monde ? Beaucoup de mes lecteurs
sont tellement cartésiens qu'ils s'étonnent de ce que Mme Ségolène
Royal se soit rendue au Liban en candidate officielle du parti
socialiste à la présidence de la République, donc au titre de
représentante ès qualités des valeurs de toute la gauche intellectuelle
et politique de la France et qu'elle y ait découvert un Liban
encore tout fumant sous les bombes que son agresseur israélien
y avait déversées en juillet dernier, mais qu'elle ne se soit
jamais présentée en porte-parole d'une condamnation, tant politique
que morale, d'une offensive militaire que le droit international
condamne depuis quatre décennies comme " disproportionné "
? Comment se fait-il qu'elle n'ait pas prononcé un seul mot de
compassion pour une nation victime d'un crime de guerre et amie
de la France? Juge-t-elle la frontière que tracent les juristes
entre les bombardements massifs et le génocide entre trop floue
pour se prononcer, ou bien estime-t-elle que la question demeurera
difficile à traiter aussi longtemps que l'Allemagne occupée par
l'OTAN se gardera bien de trancher de la nature du bombardement
de Dresde au phosphore dans la nuit du 13 au 14 février 1945 ?
Si
la gauche entend donner à la diplomatie française la hauteur de
vues dont l'histoire enseigne qu'elle va toujours de pair avec
une haute exigence de l'éthique, donc avec la notion même de civilisation,
écoutera-t-elle la voix du droit international demander à son
miroir si elle est la plus belle? Le miroir lui dira que l'assaillant
doit faire valoir une motivation guerrière légitime dans son ordre,
donc accréditer l'argument selon lequel son propre territoire
se trouverait en danger. Il est en outre recommandé à l'agresseur
innocent de déclarer la guerre en bonne et due forme au pays coupable
qu'il entend envahir. S'il prétend soumettre l'ennemi à des bombardements
punitifs anticipés, il doit formuler par écrit et par la voie
diplomatique un grief non point mythologique ou théologique, mais
rationnel, afin d'en proclamer d'avance responsable l'adversaire
qu'il ambitionne de soumettre à un beau carnage sur le champ de
bataille. D'aucuns jugent inutiles les bonnes manières dont la
conscience universelle revêt la sainteté du droit de la guerre
; et pourtant, même la Russie soviétique respectait les dentelles
pieuses des protocoles, parce qu'il vaut mieux, aux yeux des futurs
mémorialistes des hécatombes, avoir sauvé les apparences d'une
éthique des massacres , donc avoir respecté les usages et les
masques de l'honneur militaire que de s'être rué comme un aveugle
et un fou sur une proie trop minuscule pour couronner le triomphateur
de la gloire d'avoir entassé des cadavres de damnés par monceaux.
Ne dit-on pas que l'hypocrisie est un hommage que le vice rend
à la vertu ?
Certes,
Staline avait attaqué la Pologne en sourd-muet à l'Est et Hitler
ne s'était pas montré plus loquace à l'Ouest. Mais le Kremlin
avait pris le plus grand soin de déclarer dans les formes requises
la guerre à la Finlande. Il est vrai qu'elle était redoutable
, la menace que cette nation représentait pour deux cent millions
de citoyens évangélisés par Karl Marx et proclamés responsables
du salut de l'univers. Le traité des dévotions internationales
relève également que, sous Donald Reagan, les Etats-Unis étaient
intervenus pour assurer leur salut face aux armées du Nicaragua,
dont l'attaque menaçait d'anéantir le Nouveau Monde en moins de
temps qu'il ne faut pour le dire. Mais Israël n'a fait valoir
aucun motif pour légitimer le bombardement à grande échelle des
populations civiles au Liban et pour laisser derrière lui des
milliers de mines et de sous-munitions qui feront encore gonfler
la liste des trépassés pendant des années. Les héros bibliques
batailleraient-il dans l'histoire sur un autre modèle que les
héros littéraires ?
7 - Le " privilège de
tuer "
Si vous étiez appelé à exercer les responsabilités politiques
et culturelles du Ministre des affaires étrangères d'une France
qui réconcilierait la diplomatie mondiale avec l'éthique et si
votre destin vous appelait à incarner autant que faire se pourra
l'alliance des droits de l'esprit avec la logique de l'action,
vous feriez également débarquer un universalisme nouveau dans
l'arène des nations, tellement il est devenu supérieurement réaliste
de situer le destin des cœurs et des intelligences au centre de
la véritable histoire du monde.
En vérité, cet enjeu est devenu focal depuis que le combat contre
les totalitarismes est devenu l'âme même de la diplomatie mondiale,
et cela au point qu'une démocratie qui ne combattrait pas la tyrannie
disqualifierait les fondements mêmes de la notion de légitimité
, ce qui ne manquerait pas, n'est-il pas vrai, de la mettre hors
jeu sur la scène internationale . Aussi, les Français sont-ils
inquiets du tour que prendrait la politique extérieure de la gauche
si l'image de l'asservissement de la France aux vues totalitaires
des Etats-Unis et d'Israël, qui a été si cruellement présentée
à la face du monde entier à l'occasion du voyage de Mme Ségolène
Royal au Moyen-Orient, devait se confirmer pour le motif que vos
bons conseils n'auraient pas été suivis. Mais le pays se montre
plus inquiet encore de l'aggravation pathétique de l'assujettissement
de la politique étrangère de l'Europe aux intérêts communs de
Washington et de Jérusalem qui résulterait de la docilité de la
France à se plier aux directives impérieuses que le CRIF semble
être parvenu à imposer quasi manu militari à la candidate
socialiste .
La
crudité de cette démonstration d'allégeance a été telle que votre
autorité politique et morale ne pourra qu'en sortir renforcée
. Pour prendre la mesure de la perte spectaculaire, mais que nous
espérons momentanée, du prestige diplomatique de la France qui
en est résulté, vous rappellerez sûrement à notre candidate que,
dès le 26 juillet 2006, seize organisations accréditées auprès
de l'ONU dont L'Association américaine de juristes (AAJ)
, l'Association internationale des Juristes Démocrates
(AIJD), le Centre Europe-TiersMonde (CETIM),
la Ligue internationale pour les droits et la libération des
peuples (LIDLIP), Womens's international League
for Peace ans Freedom (WILPF), Universal Human Rights
Network, apostrophaient tous les Etats de la planète pour
leur demander d'intervenir d'extrême urgence auprès du Conseil
des droits de l'homme des Nations Unies afin qu'il tienne une
session extraordinaire : il s'agissait, disaient-ils, d'examiner,
toutes affaires cessantes, les violations intolérables des droits
de l'homme et du droit de la guerre dont l'Etat d'Israël se rendait
coupable au Liban. Vous savez que ces organisations ont également
souligné avec toute la fermeté que requérait une situation désespérée
" l'échec de la communauté internationale à traiter Israël
comme n'importe quel Etat belligérant, alors qu'aucune nation
ne devrait bénéficier du privilège de tuer". Ces mots
terribles entreront dans l'histoire : a-t-on jamais vu un Etat
et une nation cités à comparaître devant le tribunal de la conscience
universelle pour se voir signifier à la barre que le " privilège
de tuer " n'est pas un " bénéfice " politique
acceptable ?
Mais
l'itinéraire que Mme Ségolène Royal a suivi au Moyen Orient fournit
à la politologie scientifique de demain, donc aux futurs radiographes
de l'encéphale schizoïde de notre espèce un document anthropologique
d'une grande portée diplomatique, et qui nous aidera à prendre
la mesure du problème psychobiologique que la démocratie internationale
actuelle pose à un Shakespeare d'aujourd'hui. J'en évoquerai plus
loin les développements les plus heuristiques à la lumière des
conclusions de la commission Baker, puisque celles-ci témoignent
à ce point de l'universalité des problèmes que l'éthique pose
désormais à la politique qu'elle a été composée de démocrates
et de républicains effarés et proches du sauve-qui-peut . C'est
dire également que les relations de la France avec Israël se réfléchissent
d'ores et déjà dans le miroir shakespearien, donc planétaire,
qui les éclairait en profondeur depuis longtemps.
8 - Le délit de candeur
Il était logique que Mme Ségolène Royal se rendît en tout premier
lieu auprès de la Finul et qu'elle y fût reçue par le général
Pellegrini en personne, afin de rappeler au monde entier que la
politique étrangère de la France n'est pas l'affaire des partis
; il n'était pas moins rationnel et loyal que la candidate promît
à la nation et à l'Etat de demander à Israël la cessation immédiate
du survol systématique , en piqué et à basse altitude, des troupes
française par des chasseurs-bombardiers de l'armée de l'air de
l'Etat hébreu. Il était également normal qu'elle s'entretînt avec
les députés de la Commission des affaires étrangères du Liban,
dont M. Ali Ammar, qui lui ont rappelé dans les termes suivants
les horreurs de la guerre dont les populations civiles de ce pays
avaient été les victimes trois mois auparavant. "Le nazisme
qui a versé notre sang et qui bafoué notre indépendance et notre
souveraineté n'est pas moins mauvais que le nazisme qui a occupé
la France". Quant à la foi infantile de ces parlementaires,
qui pensaient que l'ONU incarnait l'éthique du monde civilisé,
comment leur en vouloir de leur naïveté ? Les démocraties ne forment
pas des hommes d'Etat initiés à la logique interne des empires,
mais des enfants de chœur de l'histoire et de la politique.
Pour
une nouvelle Renaissance, Abrégé d'un manuel de formation
politique des chefs d'Etat européens, 16
décembre 2006
Les parlementaires libanais ont donc cru bon de rappeler à la
candidate du parti socialiste que des familles entières avaient
été brûlées vives dans leurs voitures ou sous les décombres de
leurs maisons ; et leur naïveté diplomatique leur a fait croire
qu'il était utile de redire très fort qu'Israël recourait à des
armes interdites par le droit international et par la communauté
des nations civilisées , telles les bombes à l'uranium appauvri,
à fragmentation, au phosphore, à implosion. Puis les parlementaires-enfants
ont remis innocemment en mémoire à Mme Ségolène Royal la Convention
de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps
de guerre du 12 août 1949 (articles 16, 17, 21 et 22), le
premier Protocole additionnel aux Conventions de Genève relatif
à la protection des victimes des conflits armés internationaux
du 8 juin 1977 (articles 35, 48, 54 et 56), la Convention
de La Haye concernant les lois et coutumes de guerre sur terre
du 18 octobre 1907 (article 22, 25 et 27), la Convention pour
la protection du patrimoine culturel en cas de conflit armé de
1954 et la Convention pour la prévention et la répression du
crime de génocide de 1948, qui interdit les attaques contre
les civils en temps de guerre.
9 - Qu'est-ce qu'un diplomate
? 
Ne pensez-vous pas que la candidate du parti socialiste ayant
accepté d'être reçue quasi officiellement par notre ambassade
à Beyrouth, elle avait le devoir soit de rappeler l'accord de
tous les Français sur la politique humanitaire de la vraie France,
celle des droits de l'homme et de l'esprit de justice, soit de
s'en démarquer, ce qui l'aurait mise en contradiction avec l'éthique
de son propre parti, dont M. Hollande venait d'apporter le soutien
au Président de la République ? Quand la politique fait entendre
la voix de l'éthique du monde , quand elle se révèle l'arme de
la civilisation et le rempart contre la barbarie, il n'y a qu'une
seule France .
Dans ces conditions, il y a lieu de déplorer la candeur des futurs
serviteurs de la nation que l'ENA n'initie en rien aux arcanes
de la politique étrangère. Il est vrai que cette discipline exige
non seulement des années d'étude de l'histoire, mais un tour d'esprit
porté à l'approfondissement de la connaissance du genre humain
à l'école des Chamfort, des La Rochefoucault, des Tacite et des
Pascal, mais aussi des prophètes d'Israël ; car la réflexion sur
l'inconscient qui pilote la psychophysiologie des Etats exige
une exploration anthropologique du "Connais-toi". Un diplomate
est un homme d'Etat dont le génie propre est de radiographier
les acteurs singuliers qu'on appelle des peuples, des nations,
des Etats.
Ces
personnages sont-ils balzaciens ou shakespeariens, swiftiens ou
cervantesques, homériques ou bibliques ? Pour l'apprendre, il
faut observer comment ils flottent dans les airs ou rampent sur
le sol. Il est indubitable qu'ils vivent, respirent et se déplacent
à mi-hauteur. Si tous les Etats vagabondent ou se promènent dans
la " moyenne région de l'air ", comme disait Cartésius , ils sont
tous bibliques à leur manière, donc tous schizoïdes par nature.
Du coup, la réflexion sur la nature des vocations diplomatiques
prend toute sa portée culturelle, parce que seule la méditation
intellectuelle nous éclairera sur les diverses catégories d'évadés
de la zoologie.
Lettres
philosophiques à un jeune anthropologue , 1er
septembre 2006
-
Esquisse d'une histoire du cerveau humain
-
Qu'est-ce que l'homme?
-
Le mythe de l'Eden
C'est
dire également que le regard des grands hommes d'Etat sur notre
espèce est si peu connu qu'il en appelle quasiment à la contemplation
et que l'apprentissage des rouages de l'administration n'y vaut
rien . Si vous placez sous la lentille du microscope d'Isaïe ,
de Shakespeare ou de Cervantès les rares cerveaux de chefs d'Etat
que la France a connus depuis la libération, vous remarquerez
qu'aucun n'est issu de l'ENA, ni de Gaulle, ni Mitterrand, ni
Pompidou, tandis que tous ceux qui ont été formés à cette école
, Jospin, Giscard, et même le Chirac de 1995 ont témoigné de leur
méconnaissance de la nature même des Etats.
10
- La connaissance anthropologique des religions et la science
politique 
Comment se fait-il que Mme Ségolène Royal ait radicalement changé
de politique sur le chemin qui conduit de Beyrouth à Jérusalem
? Qui croira qu'elle aurait été prise au piège d'un parlementaire
libanais qui aurait perfidement comparé l'invasion du Liban par
l'armée de l'Etat hébreu à celle de la France de la troisième
République par l'Allemagne de 1940, qui fut un modèle au chapitre
du respect prussien des lois de la guerre et de l'honneur militaire,
comme tous les historiens anglo-saxons le savent et l'écrivent
depuis près soixante-dix ans ? Si Mme Ségolène Royal était historienne,
elle saurait que le haut commandement de la Wehrmacht était encore
largement composé d'aristocrates de l'ancienne école et que Siegfried
était demeuré attentif à honorer son propre rang dans la haute
noblesse guerrière de la nation germanique. Aussi la destruction
d'Oradour par la célèbre division das Reich contrevenait-elle
si honteusement au droit de la guerre concernant le statut des
francs-tireurs - qu'on n'a appelé des résistants qu'à partir de
1945 - que le haut commandement allemand s'était senti déshonoré
et avait tenté désespérément de sévir contre cette division plébéienne.
Mais l'affaire était remontée jusqu'au tribunal de la roture,
alors présidé par un homme du petit peuple. Ce goujat avait couvert
de honte les derniers seigneurs de la guerre en absolvant les
barbares.
Il faut savoir qu'on ne déshonore pas longtemps et impunément
les Roland de Roncevaux des Germains. Ce fut un travail d'Hercule,
pour Hitler, de faire plier la haute aristocratie militaire allemande,
qui s'opposait à la guerre contre la Russie et qui ne releva la
tête qu'avec l'attentat du 20 juillet 1944. Quant à l'antisémitisme,
il était bien davantage enraciné dans la droite religieuse française,
comme l'affaire Dreyfus en avait apporté la démonstration, qu'en
Allemagne, où cette persécution est pratiquement née avec Hitler.
Faut-il rappeler que les lois anti juives françaises ont été promulguées
par le gouvernement de Vichy , qui était catholique avant tout
et qui associait encore le patriotisme à l'alliance de la monarchie
capétienne avec le pouvoir religieux romain, tandis qu'il n'y
avait pas une once de théologie chrétienne chez Hitler , ce soldat
humilié et rageur, qui s'indignait seulement de ce que la communauté
juive d'Allemagne ne rêvait pas d'une revanche militaire sur la
France.
L'antisémitisme était d'autant plus ignoré de l'Allemagne avant
la première guerre mondiale que ce pays se trouve divisé depuis
un demi millénaire entre les protestants et les catholiques, dont
les théologies sont si radicalement incompatibles entre elles
au chapitre focal de la définition du sacrifice , que tous les
gouvernements des Germains s'attachent seulement à éviter une
guerre de religion inexpiable entre les sorciers qui croient au
prodige dit de la transsubstantiation du pain et du vin en chair
et en sang d'un supplicié et les esprits relativement plus solides
, qui croient, certes, à la rédemption de l'humanité par la grâce
d'un gibet , mais qui ne jugent pas nécessaire de réitérer tous
les jours le meurtre de l'autel à la messe. Quand il s'agit avant
tout de juger de la faiblesse ou de la vigueur des encéphales,
il est vain de se disputer sur le statut religieux de Jahvé.
Aussi
Hitler lui-même enviait-il la France , qui avait réussi à éteindre
cet incendie par la révocation de l'édit de Nantes, ce qui aurait
permis à cette nation de s'offrir le luxe de se livrer à des controverses
théologiques si elle n'avait pas jeté aux oubliettes la question
vitale de la nature et des droits de la raison humaine, tandis
que l'unité cérébrale tout artificielle de l'Allemagne aurait
été d'autant plus sûrement brisée si la guerre des sacrifices
avait à nouveau enflammé les autels que l'Allemagne de l'Est était
allée jusqu'à renier Luther sur cette question et à adopter la
rigueur cérébrale cartésienne de Calvin au chapitre du statut
et de la nature de la victime du sacrifice.
Mais
voyez combien la science historique est la clé de la psychologie
religieuse des peuples, donc de la connaissance anthropologique
des Etats. La France peut-elle tourner le dos à la science de
la mémoire à seule fin de permettre à Israël d'effacer la guerre
du Liban des tablettes de Clio?
11 - Sous l'œil des
barbares 
Cessons de jouer aux dés avec les gentils chroniqueurs et les
mémorialistes méticuleux: ces honorables bénédictins de la science
historique ne seront jamais les vrais inspirateurs de la politique
étrangère de la France. Je suis convaincu que si vous deviez diriger
la diplomatie française de la gauche dans le monde de demain,
votre premier souci serait d'aider la science historique mondiale
à approfondir la notion d'objectivité à laquelle elle travaille
depuis Thucydide , et cela pour le simple motif que la planète
a pris rendez-vous avec une politique internationale des démocraties
citée à comparaître devant le tribunal de l'éthique.
C'est
à ce titre que je me permets de vous demander à quelle école de
l'histoire de l'esprit de justice Mme Ségolène Royal écrirait
l'histoire de la France de la culture et de la pensée si le suffrage
universel la portait à l'Elysée. Votre science des relations difficiles
que les Etats entretiennent avec les victoires de l'intelligence
philosophique aiderait la science diplomatique d'aujourd'hui à
apprendre que les peuples vivent dans des mondes imaginaires et
qu'ils sont tous mi-bibliques, mi-balzaciens, mi-shakespeariens,
mi-cervantesques, de sorte qu'un homme d'action privé du regard
d'une anthropologie et d'une philosophie des nations ne serait
pas à la hauteur des responsabilités cérébrales auxquelles l'histoire
de notre temps nous appelle .
L'imaginaire para-religieux dominant de la civilisation d'aujourd'hui
est fondé sur l'alliance que la souveraineté des Etats est censée
conclure avec la liberté civique. C'est pourquoi la politique
commune aux Etats-Unis , à l'Angleterre , à Israël et à M. Mahmoud
Abbas est d'obtenir du peuple palestinien qu'il revienne sur son
vote du 25 janvier 2006 en échange de quelque nourriture et du
déblocage provisoire des fonds bloqués en douane par Israël -
et sans aucun engagement d'Israël sur le fond. Une démocratie
fondée sur des représailles à l'égard du suffrage universel met
la France devant le choix diplomatique d'aligner notre pays sur
les Laval et les Quisling de la démocratie au Moyen Orient ou
sur l'exemple de l'homme du 18 juin 1940. Jamais le monde ne s'est
trouvé à ce point à la croisée des chemins du salut ou de la capitulation
de l'éthique des démocraties, jamais la France ne s'était vue
à ce point appelée à choisir entre une politique de la souveraineté
de l'esprit ou de la vassalisation des peuples, jamais la diplomatie
de la planète n'avait déplacé à ce point le centre de gravité
de la politique et de l'éthique : car Israël contraint tous les
Etats du globe à trancher entre la civilisation et la barbarie.
Encore une fois, M. le Ministre , je vous écris seulement en modeste
théoricien des fondements anthropologiques de la science diplomatique
mondiale , donc en canasson de Troie du prochain débarquement
dans la politique internationale d'un humanisme un peu plus profond
que le nôtre ; car c'est maintenant au tour de notre Molière d'élever
la voix au cœur de la science historique, c'est au tour de l'auteur
de Tartufe de s'introduire dans la radiographie de l'inconscient
des Etats et de leur demander quels sont les fondements psychobiologiques
du tartufisme, tellement les Etats-Unis d'Amérique, l'Angleterre,
Israël et le Fatah se moquent d'Orgon et courtisent une Elvire
qu'on appelle la démocratie . Croyez-vous, M. le Ministre , que
notre culture privée de regard sur l'histoire et notre humanisme
de servants de nos idéalités au couteau entre les dents sont de
taille à radiographier l'espèce que les spectrographes qui s'appellent
Shakespeare et Sophocle , Ezéchiel et Cervantès ont porté sur
les fonts baptimaux de Darwin et de Freud ? Quel est le scanner
de l'humanité que Molière appelait Tartuffe ? Si le simianthrope
se situe entre ciel et terre depuis le paléolithique, Tartufe
serait-il le caricaturiste des évadés de la zoologie?
Tel
est le contexte intercontinental dans lequel il me faut interpréter
le voyage de Mme Ségolène Royal au Moyen Orient . Vous savez que
Jérusalem n'a recouru à aucun détour pour mettre le marché en
mains à la candidate de la gauche française. Ou bien elle renonçait
d'emblée à rencontrer le Hamas et mettait tout le poids de sa
docilité dans la balance afin de retirer sa fiabilité morale au
suffrage universel dans le monde entier ; ou bien elle consentait
à légitimer le mur de Cisjordanie et renonçait sans barguigner
à transmettre les protestations de la France contre le survols
de nos forces au Liban. Dans le cas contraire, M. Olmert ne daignerait
pas la recevoir, ce qui entraînerait sur l'heure la démonstration
la plus éclatante de la puissance des relais radiophoniques et
audiovisuels d'Israël sur notre territoire.
Déjà,
et à titre de prélude de cette offensive mortelle, on avait entendu
le coup de semonce du président du Conseil représentatif des institutions
juives de France, dont le génie diplomatique était allé jusqu'à
donner une leçon de patriotisme israélien au parti socialiste
; déjà ce grand homme avait pris la voix la plus onctueuse pour
alléguer sur France-Inter que Mme Ségolène Royal portait le plus
grand dommage à la politique de colombe de la France dans toute
la région, puisque la mission de la FINUL se limitait, rappelait-il,
à désarmer le Hezbollah au profit de l'Etat hébreu et à faire
silence sur les horreurs de la guerre d'Israël au Liban. Puis
l'association France-Israël avait poursuivi l'offensive sur un
ton d'apitoiement non moins cauteleux ; et même Marianne
n'avait osé dénoncer ce montage entre M. Sarkozy et le CRIF qu'en
alléguant qu'il s'agissait seulement de "l'aile droite "
dudit CRIF. Mais qui peut croire que le Président de ce puissant
organisme, qui rassemble sous son autorité toutes les institutions
de l'Etat hébreu sur le sol français, se serait exprimé sous la
contrainte de l'aile droite de l'Etat dans l'Etat qu'il préside?
12 - Qui écrit l'histoire
de la France ? 
Les Français ont le droit de savoir comment le Quai d'Orsay de
demain écrira l'histoire de l'alliance bancale de la France avec
la démocratie mondiale. Puisque, depuis juillet 2006, tous les
efforts diplomatiques de la nation des " droits de l'homme et
du citoyen " n'ont eu d'autre finalité que de faire taire la voix
des armes au Moyen Orient , puisque depuis six mois, le quai d'Orsay
a combattu de toutes ses forces au Liban la volonté conjuguée
d'Israël et des Etats-Unis de prolonger une guerre atroce, puisque,
d'abord isolée dans ce combat titanesque, la France a échoué dans
un premier temps à obtenir le retrait immédiat de l'envahisseur
; puisque M. Siniora s'est alors réveillé en sursaut pour supplier
un instant avec des larmes dans les yeux les Etats arabes de le
soutenir à l'ONU, puisque la France a alors obtenu satisfaction
au point que Paris a réussi à convaincre le monde entier, y compris
la Russie et la Chine , de venir monter la garde, l'arme au pied,
à la frontière entre Israël et sa victime , comment expliquez-vous
que Mme Ségolène Royal ait apporté à la face du monde la démonstration
la plus éclatante de ce que les relais d'Israël sur notre territoire
règnent sur les élections présidentielles de la France et y dictent
leur loi?
Fallait-il
étaler à tous les regards le spectacle de l'humiliation d'une
candidate du parti de Jaurès et de Clemenceau contrainte de passer
sous les fourches caudines de Jérusalem pour obtenir son intronisation
dans la campagne électorale de 2007 ? Faut-il croire que seule
l'autorisation préalable d'une puissance étrangère permettra à
Mme Ségolène Royal de se présenter au suffrage de ses compatriotes,
mais qu'elle a déjà perdu une grande partie de ses chances de
l'emporter devant le peuple français sur une droite conduite la
main dans la main par Nicolas Sarkozy et par le CRIF? Dans ce
cas, la France disputerait la palme à l'Amérique dont Jimmy Carter
a dit " que la grande " efficacité " et l'"énorme influence"
de l'AIPAC [American Israel Public Affairs Committee] ont
entraîné une "inhibition" des débats bien plus prégnante aux
Etats-Unis que dans n'importe quel autre pays dans le monde
" .
En Amérique, ajoute Jimmy Carter , " un quelconque débat, un
quelconque éditorial quelque peu incisif dans les principaux journaux,
est quasi totalement exclu". De plus " tout membre
du Congrès qui désire se faire réélire se trouve quasiment dans
l'impossibilité de dire qu'il adoptera une position équilibrée
entre Israël et les Palestiniens ou qu'il insistera auprès d'Israël
afin qu'il se retire à l'intérieur des frontières internationales
ou encore qu'il s'attèlera à la protection des droits de l'homme
palestinien - car s'il ouvre la bouche sur ces questions, il est
pratiquement certain de ne pas être réélu ".
Faut-il d'ores et déjà placer la campagne électorale de Mme Ségolène
Royal sous l'égide de " l'institut transatlantique " inauguré
le 12 février 2006 au cours d'une soirée de gala à laquelle assistaient
les plus hautes autorités du pays hôte et de l'Union Européenne
: le Premier ministre et le ministre belge des Affaires étrangères,
le responsable de l'ombre d'une politique extérieure du Vieux
Monde, M.Javier Solana, ex-secrétaire général de l'OTAN, la ministre
française des Affaires européennes, Marie-Noëlle Lenoir et les
représentants de nombreuses organisations juives européennes ?
Il faut savoir que cet " institut " se donne pour but de
" renforcer les relations de l'Europe avec l'Amérique et avec
l'entité sioniste " et qu'il a été créé par l'American
Jewish Comittee (AJC), la plus importante organisation
juive américaine citée ci-dessus. Savez-vous qu'un sondage récent
ayant établi qu'une majorité d'Européens estime la politique d'Israël
dangereuse pour la paix dans le monde, le directeur exécutif de
cet " institut " ajoute qu'il " était temps pour nous
d'être présents là où sont prises les décisions européennes
" et que selon son responsable des relations internationales,
Jason Isaacson, l'institut se fixe trois " cibles " : la
Commission européenne présidée par l'atlantiste Barroso, les médias
et la Cour de La Haye, dont l'intrépidité était si grande qu'il
venait de se saisir de la question du "mur de défense "
dont Israël poursuit la construction avec la bénédiction de Mme
Ségolène Royal ?
Les
élections de 2007 feront-elles l'objet d'un concours entre les
candidats pour l'obtention du sacre et de la bénédiction d'Israël
? Dans ce cas, il faut savoir que M. Sarkozy possède une avance
irrattrapable sur la candidate de la gauche. Mais le peuple français
est-il devenu si aveugle qu'il votera immanquablement pour le
candidat qui aura obtenu les bonnes grâces de Jérusalem ? Vous
savez que M. Messmer, ancien Premier Ministre et ancien Président
de l'Institut et de la Fondation Charles de Gaulle, compagnon
de la Libération et de multiples autres distinctions, déclare
que les élites françaises sont démissionnaires depuis 1940 , mais
que le peuple français se réveillera. Celui de la gauche montera-t-il
sur les barricades pour secouer le joug de l'étranger ?
Après que Mme Ségolène Royal eut capitulé sur toute la ligne devant
M. Olmert, après que M. le Président de la République eut été
contraint de démentir les déclarations de la candidate et de protester,
au nom de la France, auprès de la Ministre des Affaires étrangères
d'Israël en visite à Paris contre les survols de la Finul par
l'aviation de l'Etat hébreu, après que Mme Alliot-Marie eut décidé
de passer le réveillon de fin d'année avec la FINUL, la question
a-t-elle seulement été clairement posée de savoir si la politique
française est une et indivisible ou si le candidat de la droite
et celle de la gauche à la présidence de la République auraient
convenu de plier le genou devant un Etat élu par le ciel ? Dans
ce cas, qui écrit l'histoire réelle de la nation? Où passe la
ligne de démarcation entre le monde réel et le songe dans l'imaginaire
démocratique de la France ?
13 - Un Munich mondial
des démocraties 
Approfondissons ce débat autant que faire se pourra : vous savez
que Mme Livni, Ministre des Affaires étrangères d'Israël est un
colosse et que son énergie est à la hauteur de son ossature .
Faut-il croire que ses six pieds et trois pouces auraient suffi
à impressionner Mme Ségolène Royal ou bien nous faut-il méditer
davantage sur le fait que la conduite de la politique extérieure
de la France serait passée depuis belle lurette entre les mains
de l'étranger, comme le soutiennent aux champs Elysées les ombres
du Général et de ses plus fidèles compagnons ? Mais alors, faut-il
attendre le débarquement dans la République des Lettres d'un nouveau
Lucien de Samosate, qui nous dirait si le Quai d'Orsay actuel
donnera le spectacle de la barque de Charon, dont l'auteur grec
atteste que les réparations exigeaient plusieurs écrous et du
fil pour recoudre les voiles? Si la nation devait aller à vau-l'eau
jusqu'au mois de mai 2007 et si la gauche s'emparait du " timon
des affaires ", comme disait de Gaulle, seriez-vous appelé à expliquer
aux Français que, depuis plusieurs mois, la nation n'avait plus
de politique étrangère capable de franchir le Léthé, parce que
la gauche s'était alignée secrètement sur l'atlantisme à toute
épreuve de M. Sarkozy ?
Mais
vous ne laisserez pas réduire la France au rang d'un idiot de
village. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes demeure,
que je sache, une conquête politique tellement de gauche qu'on
n'a jamais vu une démocratie s'offrir le luxe d'en abandonner
le principe . Certes, M. Sarkozy a pu déclarer que le vote populaire
serait désormais nul et non avenu et qu'il ferait l'objet de représailles
internationales sitôt qu'il se voudrait contraire aux intérêts
conjugués d'Israël et de Washington, ce qui permettra de le déclarer
hitlérien ; certes, cette orthodoxie nouvelle a donné aux Etats-Unis
l'espoir que la famine ne manquerait pas de faire rendre gorge
au suffrage universel dans tout le Moyen Orient . Mais que fera
la France s'il lui est expressément demandé de renier les principes
de 1789 au nom du proverbe qui dit que ventre affamé n'a pas d'oreilles
? Que restera-t-il des idéaux de la démocratie dans le monde entier
si la "conscience universelle " obtenait par la disette qu'un
peuple votât pour l'abandon de sa terre ? Déjà M. Blair s'est
précipité à Gaza pour mettre le marché entre les mains au peuple
palestinien.
Soyons
assurés que si ce Munich mondial des démocraties était signé par
un nouveau Chamberlain et si la gauche y prêtait la main, non
seulement le déshonneur de la France serait au rendez-vous de
l'histoire de la planète pour des décennies, mais que, de surcroît,
votre déclaration publique selon laquelle les Etats-Unis d'aujourd'hui
sont conduits par un dément ferait de vous un Isaïe de la politique
aux yeux de la postérité, parce que jamais, avant ce visionnaire
des idoles, aucun prophète n'avait réussi à constituer la sottise
religieuse en un document anthropologique .
Mais voyez combien la pièce que Shakespeare n'a pas écrite - celle
du naufrage de la démocratie mondiale sous la conduite d'un Coriolan
de notre temps - nous reconduit aux lois éternelles de l'histoire
du courage. Si le sceptre de la liberté tombait en quenouille,
la France sera-t-elle le roi d'Ithaque dont l'arc et les flèches
seraient celles de la lucidité politique retrouvée ?
11
janvier 2007